Jérôme Roger est le président de la Société des Producteurs de Phonographes Français, qui représente les producteurs de musique indépendants en France. Il revient pour LCI.fr sur l'accord que la SPPF vient de signer avec le site de partage de vidéos DailyMotion.

Lci.fr : Qui, de vous ou de DailyMotion, a été à l'origine des discussions qui ont mené à cet accord ? Jérôme Roger : C'est nous. Notre conseil d'administration avait eu, à la rentrée, un débat concernant tous ces sites de partage de vidéo qui fonctionnaient pour la plupart illégalement. Nous nous sommes demandés quelle attitude adopter : poursuivre ces sites pour contrefaçon ou trouver un terrain d'entente ? La poursuite ne nous semblait pas la stratégie la plus intelligente, étant donné l'énorme portée de ces sites, qui font partie de la vague 'web 2.0'. Il valait mieux profiter de l'opportunité offerte, et créer un nouveau marché. Les accords passés au même moment par YouTube aux Etats-Unis nous ont confortés.

Sur quoi repose l'accord ?
J.R. : Sur une double base. Il s'agit tout d'abord de légaliser le contenu disponible sur DailyMotion : les sociétés que nous représentons autorisent à diffuser leur répertoire. Ensuite, DailyMotion nous reversera une partie des revenus publicitaires générés par le visionnage des vidéos. Le visionnage des vidéos restera bien évidemment gratuit, il était hors de question de toucher au modèle de Dailymotion.

Comment cela fonctionnera-t-il ?
J.R : Grâce à une technologie d'identification des vidéos (Fingerprinting, voir notre encadré), Dailymotion pourra repérer automatiquement les vidéos mises sans notre accord, et agira en conséquence. Les internautes pourront regarder en streaming et conseiller aux autres nos vidéos en toute liberté. Mais ils ne pourront pas les télécharger.

Aux Etats-Unis, un accord similaire passé entre Warner et YouTube inclut l'autorisation de créations dérivées. Y pensez vous ?
J.R. : Cela n'est pas rentré dans le cadre de l'accord : nous représentons les producteurs, nous nous sommes contentés d'un accord général. Libre à chacun d'eux de négocier ensuite des clauses spécifiques ou des accords différents.

Les producteurs ont-il bien réagi à cet accord ?
J.R. : Il a été décidé en conseil d'administration, et tous étaient enthousiastes. C'est une expérience à mener, nous ferons un bilan au bout d'un an . Mais c'est loin pour nous d'être un coup, bien plutôt un essai pour dégager de nouveaux modes d'exploitation de nos musiques et nos vidéos.


Le point de vue de DailyMotion
Sandra Albertolli, directrice de la publicité chez DailyMotion, revient sur les principes de l'accord : "- Les utilisateurs pourront toujours embarquer les vidéos sur leur blog, comme c'est déjà le cas avec les vidéos déjà disponibles sur DailyMotion.
- La publicité sera sous la forme de bandeaux, ou d'insertions au début des vidéos, de six secondes maximum, qui ne seront toutefois pas insérées avant chaque visionnage.
- Dailymotion va scanner les 'masters' des vidéos pour lesquelles nous avons un accord de diffusion. Si nous repérons une mise en ligne illégale, nous préviendrons l'utilisateur, et remplacerons sa vidéo par la version officielle. Nous ne la supprimerons pas."

Propos recueillis par Christophe ABRIL - LCI du 22/12/2006
directeur de production producteur cinema television productrice tournage plateau comedien directrice