Synopsis :

Francis menait une confortable vie de cadre supérieur, jusqu’à ce que la chief manager de sa maison mère américaine décide d’éjecter tout le monde. Pour ce quarantenaire, c’est un tel choc qu’il n’ose même pas l’avouer à sa jeune femme, Inès. Désemparé et seul, Francis échoue chez une voyante qui, à défaut de lui apporter des réponses, va lui donner une idée...

Après avoir tenté en vain de se retrouver une situation, poussé par l’obligation de maintenir le train de vie familial, Francis se décide à devenir voyante. Bien que Ludovic, son ami d’enfance, tente de l’en dissuader, il se documente et invente le personnage de Madame Irma. Chaque jour, dans sa caravane, déguisé des pieds à la tête, il écoute et conseille toutes sortes de gens. Les affaires marchent bien mais au-delà de cela, Francis redécouvre ce qu’il avait perdu depuis longtemps : le goût de vivre et des autres. Reste un énorme problème : Inès et ses proches ignorent tout de sa double vie. Entre Ludo, qui sent la catastrophe arriver, le bistrotier qui s’intéresse à Madame Irma, et Inès qui s’inquiète pour son couple, Francis va se retrouver dans des situations que même la plus grande des voyantes n’aurait pu prédire...

Interview :

Je vois… Je vois… Didier Bourdon, Pascal Légitimus et Arly Jover !

Rencontrés à Sarlat où ils étaient venus présenter leur nouveau film en avant-première nationale, Pascal Légitimus et Didier Bourdon semblaient soulagés de l’accueil chaleureux du jeune public sarladais à Madame Irma, cette drôle de voyante pas très prévoyante… Accompagnés de leur charmante interprète Arly Jover, Didier Bourdon et Pascal Légitimus ont accepté de répondre à nos nombreuses questions... "T.V.A, bien !"

Quels sont les challenges pour interpréter une femme au ciné ?
Didier Bourdon : C’est pas mal comme question. Je pense que pour jouer au cinéma une femme - au théâtre on peut se permettre des choses plus délirantes, il faut quand même que ce soit une femme qui vous ressemble un petit peu. Je pourrais faire quelqu’un de pète-sec plus difficilement au cinéma - sauf si c’est un petit rôle. Mais dans Madame Irma, j’ai un peu tiré ce personnage vers mon caractère, un peu paternel/maternel. Elle a un petit côté comme ça à écouter les gens.

Pascal, ça vous est également arrivé d’interpréter un personnage de femme…
P. L : Ça m’est arrivé en effet. J’ai joué un travesti dans Le Pharmacien De Garde, de Jean Veber. C’est des challenges de jouer quelque chose de différent, et de se dire à l’arrivée : "est-ce que cela va être crédible ?"... Donc on met tout en œuvre pour que les gens voient un personnage, et non pas Didier Bourdon ou Pascal Légitimus, et c’est gagné ! Et comme on a quand même été un peu à l’école des Inconnus qui nous a permis de nous travestir dans différents personnages, aussi bien des femmes que des hommes, on aime ça en fait !

Arly Jover, comment vous les décririez au travail ?





A.J : Pas du tout professionnels ! (rires) Il y a des moments où l’on rigole bien sûr, mais finalement on est quand même là pour travailler. C’est vrai qu’au début j’avais un peu peur, parce que c’est nouveau pour moi, mais ils m’ont beaucoup aidée.

Pascal Légitimus : Tu as eu du mal quand même à être sérieuse…

A.J : Attends, ce n’est pas vrai ! (rires)

Pourquoi avoir choisi le prisme de la voyance pour cette comédie ?
D.B : C’est vrai qu’il y a une partie documentaire sur la voyance, mais le film débute surtout avec un sujet grave : ce cadre dynamique viré du jour au lendemain… Avec Frédéric Petitjean, le scénariste, on voulait vraiment qu’il fasse d’abord de la voyance par cynisme, et qu’après, lorsqu’il se rend compte qu’il rend service aux gens, il se dise : "je gagne peut-être moins bien ma vie qu’avant, mais au moins j’ai une raison d’exister." Et là où le scénario est intéressant, c’est que quand il est heureux dans son boulot, le fossé se creuse avec sa femme parce qu’il ne lui a pas dit. Donc il s’agit de voyance, mais aussi de non prévoyance en fait !

Pascal, votre personnage ressemble un peu à celui de la voyante puisqu’il est aussi question d’écouter les autres…
P. L : Absolument. En fait, tout ce qui arrive à ces personnages, c’est un mal pour un bien ! Même mes rapports avec ma femme dans le film, avec qui j’ai une vie sexuellement un peu banale, tout cela devient positif ! On le dit souvent, mais une comédie, c’est d’abord un drame… Même quand on prend La Grande Vadrouille, il y a quand même les Allemands derrière. Il faut enfoncer les personnages dans des ennuis, des problèmes et se demander comment ils vont s’en sortir. On aime bien, nous, les Inconnus, ces personnages fragiles qui sont à la fois couards, menteurs, méchants, minables, abominables…

D. B : Beaucoup de gens se reconnaissent là-dedans ! (rires)

Qu’apportent selon vous les personnages féminins à ce film ?
D.B : Elles sont essentielles ! Mon personnage a des relations assez étonnantes avec sa première femme, un peu comme si c’était sa maman. Avec la seconde, c’est un peu l’amour courtois, parce qu’ils font l’amour mais il en a en même temps un peu peur… Les voyantes, c’est très féminin aussi. Mais le personnage d’Arly a aussi des reproches à se faire. Dès qu’on lui parle d’un petit souci, tout de suite elle se braque.

A. J : Dès que j’ai lu le scénario j’ai vu qu’il y avait un vrai personnage à défendre, une vraie femme. Et puis, c’est vrai que, nous les femmes, on a envie de savoir ce qui se passe chez notre mec, parce qu’on en voit les signes !

D. B : Et il y a tout un sous- texte, qu’on ne peut pas mettre à l’écran mais bon, les acteurs le savent, c’est pour ça que je voulais une actrice étrangère. On a imaginé plein de choses avec Arly : peut-être que les parents d’Inès ont accepté ce mariage en France avec difficulté... ? Il y a tout ça derrière et c’est tellement important. Ce ne sont pas les mots qu’on se dit mais tout le background. Quand on voit les gens s’engueuler dans la rue, souvent ce sont ceux-là qui s’aiment vraiment. On a essayé de travailler ça avec Arly, dans la scène de l’engueulade. Elle l’engueule parce qu’elle l’aime. Mais lui, il l’oublie ça, à cause du quotidien.

Qu’est-ce qui vous excite à présent dans le cinéma, après être passé par la case télé ?
DB : En fait, je n’ai plus trop envie de jouer ET de réaliser en même temps, c’est vraiment trop de pression. J’aimerais faire soit l’un soit l’autre, après dans quel univers, tout est ouvert…

PL : Notre souhait à nous, c’est tout faire pour que les gens désirent nous faire travailler. Car finalement, on vient rarement nous voir quand on est une équipe. Regardez Gad Elmaleh, Dany Boon ou Patrick Timsit, ils font des one man show et on vient les chercher. Mais quand on est un groupe comme Le Splendid, Les Nuls ou les Inconnus, les gens ont du mal à avoir un désir. C’est ça qui est compliqué. Comme si on n’était pas capable de faire autre chose…


Propos recueillis par Laetitia Heaurteau (Sarlat, novembre 2006)


Pascal Légitimus parle du film :

«Ludovic, mon personnage, est le meilleur ami de Francis. Il est médecin dans les beaux quartiers et mène une vie bien rangée, régie par des codes sociaux qui correspondent à ce que j’appelle en rigolant les MST «mocassins-serre-tête». Ludo est marié à Brigitte, une femme assez stricte et psychorigide à qui il a du mal à résister. L’aventure de Francis va l’obliger à sortir de sa routine et à reconsidérer tous les aspects de sa vie.

Lorsque Didier m’a parlé de son projet, j’étais bien sûr très heureux à l’idée de rejouer avec lui, mais le rôle m’a aussi énormément attiré. Le scénario se situe dans un contexte que Didier aime et sait traiter, celui de la bourgeoisie. Ici, il n’est pas question de la déchéance d’un couple comme dans Sept Ans De Mariage, mais d’une descente aux enfers sociale. Pour moi, une bonne comédie repose toujours sur un drame, et c’est le cas ici. Le film est aussi particulier parce qu’il n’y a pas vraiment de méchant. L’ennemi, c’est la vie, et un système économique. Une des difficultés était de faire en sorte qu’on s’attache au personnage de Francis et que l’on compatisse à ses malheurs.





Pour ma part, le personnage de Ludovic me donnait l’occasion de composer quelqu’un de complexe et de nouveau pour moi. C’est un homme psychorigide, coincé, frustré de ne pas aller au bout de ses envies. Il va être confronté à son plus proche ami, qui lui va se jeter à l’eau. Le contraste était prometteur ! Ludo et Francis sont un peu comme Laurel et Hardy.

Pour approcher le personnage, je me suis comme à chaque fois beaucoup aidé des vêtements, mais aussi de musique. À chacun de mes rôles, j’associe une chanson ou une musique qui m’inspire. Pour Ludovic, j’écoutais Bing Crosby. Avec les Inconnus, j’ai eu l’occasion de jouer trois ou quatre cents personnages qui m’ont donné des références, des tiroirs dans lesquels je puise mes ingrédients. Évidemment, il existe une énorme différence entre un personnage de sketch et celui que l’on développe pendant un long métrage, mais notre culture de sketchs reste une base appréciable sur laquelle peuvent s’accrocher toutes sortes d’autres émotions.

Le fait de fonctionner avec Didier est aussi un avantage. J’ai toujours dit que les Inconnus sont un train formé de trois wagons différents mais qui vont dans la même direction, dont Didier a souvent été la locomotive.

L’un des éléments déterminants de mon personnage a été Catherine Mouchet, qui interprète mon épouse. C’est une actrice qui vient d’un autre univers, avec une intonation, une humeur très particulières. Pendant les lectures, je l’ai énormément observée et je me suis mis à son diapason, je me suis calé sur elle. Nous nous sommes très bien entendus et notre complicité donc notre couple a existé dès les répétitions. J’aurais bien aimé avoir un peu plus de scènes pour vraiment le développer.

Mon rôle offrait une large gamme de situations et de sentiments à jouer. Ludo résiste, subit, réagit, et par amitié pour son pote, se retrouve dans des situations qui le dépassent et le mettent en danger. Mon registre de jeu allait du plus grand sérieux au burlesque ! Nous avons commencé par tourner la scène du dîner, lorsque Inès et Francis annoncent qu’ils vont partir en voyage au Brésil. Ludo est le seul à savoir que Francis est viré et qu’il n’a plus les moyens. Tous les ingrédients du film sont là. La complicité, le secret et la panique face à la situation qui se profile !

Dans la scène où je prends la place de Madame Irma, contrairement à toutes les autres, mon personnage est obligé d’être en première ligne. Il y va malgré le risque évident. Je me suis déguisé maintes fois, mais ce qu’il y avait à jouer sous le déguisement m’obligeait à un exercice d’équilibriste. Il y avait un contraste entre le ridicule de ma tenue et le sérieux avec lequel Ludo est obligé de jouer. La dichotomie entre l’aspect physique du personnage et son intériorité nécessitait un dosage précis pour que les spectateurs puissent s’identifier à lui. Il a fallu beaucoup la refaire, non pas parce que j’avais du mal, mais parce que mes partenaires étaient pliés de rire ! Didier est un grand directeur d’acteurs, il sait ce qu’il peut demander. Sur ce film, il a accompli un travail d’orfèvre, tout était au millimètre. Il a su aller chercher en moi ce qu’il fallait pour que je puisse m’exprimer. Sur le plan du jeu, avec tout ce que nous avons déjà joué ensemble, je me suis demandé comment il allait pouvoir encore me surprendre ! Eh bien il l’a fait ! Plus encore que son apparence, c’est l’humeur qu’il a donnée à son personnage qui m’a surpris. Il a joué «sensible» plutôt que «drôle», mais cela ne nous a pas empêché d’avoir beaucoup de fous rires.

Je connais Didier depuis sa sortie du Conservatoire en 1980. Nous ne nous sommes pas quittés depuis. Je le vois évoluer, gagner en sérénité. Ce film-là marque une étape pour lui, vers l’émotion. De mon côté, depuis toujours j’ai cherché des rôles de composition pour échapper à l’étiquette dans laquelle un acteur - de comédie et de couleur - se retrouve souvent enfermé. Avec le temps, je maîtrise mieux mon énergie et je sais tout ce dont je suis capable. J’ai envie de tout jouer ! On peut me demander n’importe quoi !

Le film était aussi l’occasion d’aborder la voyance. C’est un vaste domaine. Ma grand-mère était voyante et ma tante exerce ce métier. Je connais donc bien le sujet. J’aime tout ce qui a trait au monde de l’invisible. Pour moi, c’est aussi présent que le visible. Une fois, je suis allé voir une dame qui travaillait avec les tarots et elle m’a dit des choses assez justes. Je suis allé voir un Lama Rimpoché, un être éveillé, de passage à Paris, et ses réponses tant dans le domaine affectif que professionnel ont été importantes pour ma vie future. Je pense que certaines personnes sont connectées à l’inconscient collectif et sont à la fois récepteurs et émetteurs. Comme dans chaque métier, il y a aussi des charlatans. Quoi qu’il en soit, ce sujet, celui du film, nous ramène toujours à la seule chose qui compte : le besoin d’affection que nous éprouvons tous, et ce que le manque peut provoquer comme dégâts.»


Source : http://www.commeaucinema.com
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