Tourné sur 65 jours entre la région Poitou-Charentes et l’Île de France, ces trois épisodes s’attaquent à un genre quasiment inédit dans la production hexagonale : le film d’aventures avec des enfants. À la lecture de l’argument, on pense immédiatement à une tentative de croisement entre deux univers très « tendance » : celui d’Harry Potter (pour les pouvoirs surnaturels développés par les enfants) et celui plus ésotérique de certains romans à succès.

Pour autant Patrick Dewolf, le réalisateur, avoue n’avoir encore vu ni lu aucun de ces « blockbusters » …

« Le film ne baigne pas dans une ambiance fantastique à proprement parler, explique t il. Certes, quelques séquences font appel à des pouvoirs surnaturels, mais ça reste très limité. C’est plutôt un film d’aventures, où des enfants doivent retrouver à tout prix trois clés, dans un temps imparti. Pour moi ces trois films sont beaucoup plus ancrés dans l’univers très ludique avec un côté proche de Blake et Mortimer ou des Indiana Jones. Une expérience assez nouvelle autant pour les techniciens que pour les comédiens qui ne sont pas forcément habitués à explorer ce genre de registre en France.»





Un hic : la durée de travail des enfants

Ce lundi 23 octobre, nous sommes au 28e jour de tournage. Après avoir passé plusieurs semaines en province dans des décors plus « historiques » (cryptes…), l’équipe travaille désormais en région parisienne. Comme dans cette rue de Levallois-Perret où Patrick Dewolf doit ce matin mettre en boîte une séquence où les enfants utilisent leurs pouvoirs de télékinésie pour aider leur grand père paralytique (Michel Duchaussoy) à traverser une rue embouteillée. Une séquence qui mêle effets spéciaux, figuration et beaucoup de connivence entre les comédiens adultes et les trois petites vedettes.

« Le gros problème c’est que les enfants ne peuvent travailler plus de quatre heures par jour, rappelle le réalisateur. Le reste de chaque journée est consacré à l’enseignement, avec un professeur détaché sur le tournage, les cours se déroulant dans un camion loge. Il nous faut chaque demi-journée trouver quelque chose à faire sans eux… Et ce n’est pas forcément évident quand on sait que l’histoire tourne autour d’eux et qu’ils sont là presque tout le temps ! »

Un problème commenté par Serge Ménard, le directeur de production « c’est un vrai casse-tête que la production et les assistants réalisateurs ont dû résoudre, en jonglant avec les déplacements entre les différents décors, et le surcoût des cachets supplémentaires pour les autres comédiens induits par cette organisation spéciale. » Sans parler des parties de séquences coupées en deux (avec et sans les enfants) tournées parfois à plusieurs jours d’intervalle, nécessitant un raccord lumière difficile pas toujours évident à obtenir en extérieur.

C’est Eric Guichard, AFC qui s’occupe de mettre en image ces trois films, tout en cadrant la première caméra : « D’un point de vue image, on s’éloigne souvent du rendu réaliste du téléfilm. Par exemple, Patrick utilise très souvent de très courtes focales en intérieur (tout en décor naturel), ce qui impose des méthodes d’éclairage très directionnelles. Bien entendu, pour les 30 % qui reste en extérieur jour, la marge de manoeuvre est bien plus étroite. Puisqu’on est confronté en permanence au rythme du téléfilm, à la météo et à la présence restreinte des enfants. »

Mais comme tout film d’aventure et d’ésotérisme, l’ambiance repose énormément sur les lieux choisis et sur l’atmosphère de mystère qui s’en échappe… « Pour construire l’intrigue, on s’est beaucoup appuyé sur des lieux chargés d’histoire, raconte Patrick Dewolf. En parcourant la région Poitou-Charentes à la recherche de décors spectaculaires, on a peu à peu construit littéralement la partie « légende » présente dans le scénario en collaboration directe avec la section décoration. C’est pour cette raison que la réussite visuelle du film est aussi très liée au travail de la chef décoratrice Laure Sorin et de son équipe de constructeurs. Ces derniers ont rivalisé d’astuces pour nous permettre de tourner certaines séquences, comme celle d’un écroulement de crypte, tout en restant dans le budget très restreint du téléfilm. »

Le choix d’une chaîne HD

D’un point de vue technique, La légende des trois clés est un des rares projets de téléfilms actuels à bénéficier d’une chaîne de postproduction HD. « La productrice Nelly Kafsky ayant l’habitude de tourner ses films en Super 16 avec une chaîne en HD et un mixage son en 5.1, il n’y a eu aucune discussion sur le sujet, explique Eric Guichard. Et c’est justement une des choses qui m’a motivé dès le départ. C’est même la première fois que je me retrouve dans cette configuration. De toute manière, je ne vois pas très bien comment on aurait pu aller aussi vite à deux caméras HD en permanence, surtout en extérieur jour. En outre l’économie sur la pellicule n’aurait pas été si évidente, puisque Patrick fait très peu de prises, avec un ratio très en dessous de ce qui est pratiqué d’habitude en téléfilm. »

Questionné sur la méthode particulière de travail dans ces conditions, le chef opérateur nous répond : « D’un point de vue cinéma, le transfert HD s’effectue de manière un peu plus « plat » qu’en SD. Il en résulte des rushs assez doux, un peu moins contrastés que la normale, qui peuvent au départ dérouter, mais qui nous permettent par la suite de garder le maximum de réserve en détail et de tirer le meilleur parti de l’étalonnage numérique final. Une étape sur laquelle nous devrions passer un peu plus d’une semaine, soit deux jours et demi de travail sur console d’étalonnage par épisode. »

Face à la décision de se lancer en France dans un univers proche des succès du cinéma et du téléfilm anglo-saxon, comment concilier le conservatisme souvent affiché de la télévision française et son manque de moyens chronique avec l’audace narrative nécessaire à un tel projet ? « On ne crée jamais avec les peurs des chaînes, répond Patrick Dewolf. Bien entendu, il y a des codes qu’il faut respecter, éviter le côté glauque ou violent, et par exemple ne pas faire de mal aux enfants… Des éléments de narration qui sont finalement assez réglementés et sur lesquels j’étais globalement d’accord. Ensuite, les relations avec les responsables se basent forcément sur la confiance mutuelle. Ce qui ne les empêche pas de nous poser régulièrement des questions, car ils sont vraiment passionnés par le sujet. On sent qu’ils connaissent bien le scénario et qu’ils s’investissent énormément. Cet enthousiasme est très sympathique, il faut juste le « canaliser » pour que ça n’empiète pas sur votre propre créativité. Quoi qu’il en soit, comme le dit mon camarade Patrice Leconte, tout cela réduit énormément à la cuisson. Et l’audace d’écriture ou de mise en scène qu’on attribue au départ à un projet peut à la fin paraître tout à fait « normale» pour les spectateurs…»

Réponse des spectateurs prévue dans quelques mois sur M6…

François Reumont

LA LÉGENDE DES TROIS CLÉS

Générique : Julie Gayet
Julie De Bonat
Thierry Neuvic
Jean Pierre Lorit
Paul Blaise
Julien Crampon
Manon Gaurin
Marc Duret
Danièle Lebrun
Michel Duchaussoy


Diffuseur : M6
Production : Nelka Films
Productrice : Nelly Kafsky
Sur une idée originale de : Gilbert Sinoue, Julien Sarfati et Jean-Vincent Fournier
Scénario, adaptation, dialogues Michel Alexandre et Patrick Dewolf
Réalisateur : Patrick Dewolf
1er Assistante Réalisateur : Laure Monrreal
Scripte : Elisabeth Chochoy
Directeur de Production : Serge Ménard
Directeur de la Photographie : Éric Guichard
Cadreuse 2e camera : Valérie Estival
Chef Opérateur Son : Alain Sironval
Créatrice de Costumes :Annie Perier Bertaux
Chef Maquilleuse : Judith Gayo
Chef Machiniste : Jeff Garreau
Chef Electricien : Christian Vicq
Chef Décoratrice : Laure Sorin
SFX Evolution : François Philippi
Chefs Monteuse Image : Dominique Martin, Nicole Berckmans


SYNOPSIS

Damien est un prodige en mathématiques, Juliette possède le don de parler toutes les langues et Jimmy celui de dessiner ce qui va arriver…

Ils ont 13 ans. Ils sont surdoués. Ils sont nés le même jour. Ils vont se rencontrer ou plutôt se retrouver… Et découvrir que leurs dons sont là pour servir un plus grand dessein : la découverte de trois clés censées les mener à un légendaire Trésor. Poursuivis par un mystérieux groupuscule, guidés par des instincts fulgurants, ils entreprennent une quête qui sème la pagaille dans leurs familles respectives, les oblige à grandir d’un coup et à comprendreque ce qui fait leur force, c’est leur union. Trois enfants, Trois clés, Trois soirées…

Source : Le Technicien du Film n° 571 de novembre 2006