A soixante-cinq ans, Richard Bohringer promène au Festival de Saint-Jean-de-Luz une silhouette étonnement jeune avec ses chemises aux couleurs bariolées, signes évidents de son goût pour le voyage et en particulier de sa passion pour l’Afrique. Le temps de son séjour au festival, Richard Bohringer n’hésite pas à discuter avec tout le monde sans aucun snobisme. On sent chez lui que c’est un acteur et un homme sans concessions, "libre", "brûlé", qui n’hésite pas à pousser des coups de gueule tout en restant sensible et ouvert aux gens venus le saluer.

Depuis longtemps, Richard Bohringer portait en lui ce désir d’adapter son propre livre C’est beau une ville la nuit, et en franchissant enfin le cap, "l’homme aux 150 films" nous livre ici une œuvre cinématographique purement poétique et personnelle, incarnée par ses compagnons de route qui lui sont chers, des amis acteurs et musiciens de son groupe…

Sans oublier sa fille Romane, ici sublimée, qui viennent l’entourer pour ce premier film qui ne ressemble à aucun autre.

Comment décririez-vous C'Est Beau Une Ville La Nuit ?
Mon film est entièrement libre et le problème c’est qu’on habitue imperceptiblement les êtres à rentrer dans une convention. Et donc il est évident que si vous tombez sur un lascar comme moi, je ne vais pas vous parlez de carrière, je vais même avoir du mal à parler parce que ce film c’est un poème et est-ce qu’un poème ça s’explique ? Non. On le ressent ou on ne le ressent pas. Je me lève chaque matin avec cette pensée et je me couche chaque nuit avec la même. Voilà, la chose est dite et tout ce qui peut se passer entre ce n’est que des appels à la vie, à l’espérance. Il n’y a rien à expliquer dans ce film, il y a à ressentir.



Comment avez-vous vécu la belle réaction du public de Saint-Jean-de-Luz de la veille ?
Hier soir, c’était très émouvant parce que je voyais une salle qui était tellement chaleureuse. Il y avait 800 personnes et l’important c’est que sur ces 800 personnes, il y en a 300 qui ont été touchées profondément. Ils ont aimé, applaudi ! Mission accomplie !

Pour un film aussi personnel que celui-ci, comment définiriez-vous votre démarche de réalisateur ?
Je mène un gros combat avec mon putain de caractère. C’est un gros combat dans cette société pour des lascars comme moi. Et la vie est un problème pour tous les gens d’en bas. Je viens d’en bas, je viens du plus grand nombre. Je suis celui qui veut parler des autres. Je peux donner l’impression d’avoir un ego immense. Et ce n’est pas un ego du tout. C’est le trop plein qui se déverse souvent et qui peut donner une impression comme ça. Mais j’ai fait ce film en tous les cas avec beaucoup de modestie. Je n’ai pas cherché à épater. De toute façon, je ne sais pas faire ça. C’est l’histoire d’un homme donc c’est l’histoire d’autres hommes. Je n’ai pas grand-chose à dire sinon que j’aime ce film. Ce n’est même pas parce que je l’ai fait , c’est parce que je me vois et j’avais besoin de montrer ce qu’était un homme comme ça.

Et comment expliquez-vous chez vous ce besoin viscéral de voyager que l’on sent si bien dans le film ?
Je pratique beaucoup l’exil, la disparition, toutes ces choses-là. Je suis un homme qui adore disparaître. Ça ne veut pas dire que la vie d’un homme qui veut transcender le monde ne se sent pas parfois très solitaire mais c’est un homme qui a une âme. Et là pendant que je vous parle, sur la plage de Saint-Jean-de-Luz, ce sable me rappelle un autre sable, là-bas loin et derrière les mers.

C’était excitant de prendre la caméra pour la première fois après avoir longtemps joué pour d’autres réalisateurs ?
Filmer pour moi, ce n’est pas une excitation, c’est une nécessité. Il ne faut pas faire les choses parce qu’on est excité. Je les ai fait par amour. J’ai eu des blessures bien sûr sur ce tournage, mais tout ça n’est pas important. Ce qui est à prendre en compte c’est l’émotion que veut donner ce film.

Et quel effet cela vous a fait de travailler avec votre fille Romane ?
C’est juste un papa qui est très heureux d’avoir eu sa fille pendant des semaines à côté de lui. Ensuite, c’est une magnifique actrice, un être humain aux mille et une profondeurs. C’est l’amour, c’est un film d’amour. Il y a Luc Thuillier, François Négret qui ont fait un travail magnifique, Jacques Spiesser, Robinson Stévenin, etc. C’est un film fait avec des gens de cœur, voilà !

Propos recueillis Laetitia Heurteau, le 12 octobre 2006 à Saint-Jean-de-Luz.

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