LA MALÉDICTION DE «DON QUICHOTTE» CONTINUE POUR TERRY GILLIAM

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Terry Gilliam
Terry Gilliam
 

Ce mercredi, la cour d’appel de Paris jugeait du sort de l’adaptation au cinéma du roman de Cervantès, maintes fois reportée, au cœur d’une brouille avec le producteur portugais Paulo Branco.

Deux fortes personnalités du cinéma d’auteur qui s’affrontent autour d’un film maudit. La cour d’appel de Paris jugeait ce mercredi le différend opposant le producteur portugais Paulo Branco au réalisateur britannique Terry Gilliam autour du film l’Homme qui tua Don Quichotte. L’ex-Monty Python rêve de cette adaptation du roman de Cervantès depuis vingt ans, et sa première tentative avait viré au cauchemar : en 2000, le tournage du film, avec Jean Rochefort et Johnny Depp au casting, avait été interrompu après une série de complications (pluies diluviennes, proximité d’une base militaire et hernie discale de l’acteur français). N’en reste qu’un documentaire rendant compte du désastre, Lost in la Mancha, sorti en 2002.

Malgré ce naufrage initial, Terry Gilliam a tout de même remis sur le tapis cet Homme qui tua Don Quichotte en 2016. C’est à cette époque que commence l’affaire : en février de cette année-là, au festival de Berlin, un réalisateur lui présente Paulo Branco, 67 ans, producteur des films de Manoel de Oliveira, Raúl Ruiz, Chantal Akerman ou encore du Cosmopolis de David Cronenberg. A l’époque, Terry Gilliam a besoin de 3 millions d’euros pour financer son film au budget total de 16 millions, d’après France Inter. Paulo Branco lui promet de trouver l’argent avant le début du tournage, en septembre.

«Un peu démiurge, un peu bandit, toujours finaud»

L’exubérant Branco est décrit comme un producteur à «l’allure de pirate fatigué, qui aime à ­fureter un peu partout, entre deux courses hippiques d’endurance – une autre de ses passions, avec le jeu» par Le Monde qui a enquêté sur l’affaire. «Le joueur des chèques», titrait-on ainsi son portrait dans Libération en 1999, où il y était qualifié de «fauché mais abonné aux sélections cannoises», «un peu démiurge, un peu bandit, toujours finaud», producteur d’une dizaine de films par an, «score très élevé pour un indépendant»«Il fait les films que personne ne veut faire», déclarait à l’époque la réalisatrice Catherine Corsini à propos du Portugais moustachu.

Le projet maudit de Terry Gilliam l’attire donc, mais pas à n’importe quelles conditions. En avril 2016, le producteur fait ainsi signer à Gilliam un contrat cédant ses droits d’auteur-réalisateur à Alfama, la société de production de Branco, qui avait également ­acquis les droits du scénario auprès d’un ­producteur britannique. Le Portugais s’engage à respecter le budget et les choix artistiques du réalisateur. Déjà, la confiance n’est pas de mise entre les deux hommes, Paulo Branco voulant s’affirmer comme seul «capitaine» de l’entreprise, comme il l’indique dans un mail à Gilliam consulté par le Monde. Le producteur redoute la réputation de «tueur de producteurs» de Terry Gilliam, connu pour ses dépassements de budget. En face, les amis de Gilliam lui disent de se méfier de Branco. L’Anglais leur répondra que «la seule façon dont le film sera fait cette année est de se jeter dans la folie… avec Paulo.»

Amazon se retire avant l’annonce du tournage

Mais les relations entre les deux hommes vont rapidement se distendre. Amazon, co-producteur du film, se retire du projet à la veille d’une conférence de presse à Cannes annonçant le tournage prochain de ce nouveau Don Quichotte. A cause de la réputation de Paulo Branco, d’après les avocats de Gilliam. Plusieurs conflits émergent : le producteur veut que le budget du film soit revu à la baisse, tente d’imposer sa sœur comme costumière, critique le choix de Michael Palin comme Don Quichotte ou veut changer les dates de tournage. Le 6 août 2016, le projet est suspendu : Gilliam veut des comptes sur le plan de financement, Branco désire les pleins pouvoirs.

La pré-production annulée, pour Gilliam, le contrat d’avril 2016 est caduc : selon lui, le producteur n’a pas respecté ses engagements. Le réalisateur dépose des plaintes en Espagne, au Royaume-Uni et en France pour récupérer ses droits d’auteur, réalisateur et scénariste. La justice donne raison à Branco par deux fois en 2017, à Paris et à Londres. Peu importe, Terry Gilliam réalise tout de même son Don Quichotte, après avoir réuni son budget auprès d’un autre producteur, et avec Adam Driver et Jonathan Pryce (plutôt que Michael Palin) au casting. Les premières images du film ont par ailleurs été diffusées ce jeudi par son distributeur Océan Films.

Une présentation à Cannes toujours possible

Paulo Branco, lui, estime qu’il est toujours détenteur des droits du long-métrage, en vertu de ce contrat signé en avril 2016 et les réclame donc au producteur espagnol Tornasol, ainsi que 3,5 millions d’euros de dédommagement pour laisser le film être diffusé en salles. Le Portugais a aussi dénoncé une manœuvre d’optimisation fiscale de la part du Britannique dans le Monde «Gilliam a demandé à être payé 750 000 euros au Panama ! C’est ça, l’idole de la gauche britannique, le donneur de leçons ?»

Au printemps 2017, en première instance, Terry Gilliam avait été débouté de sa demande de faire constater la nullité du contrat. Paulo Branco avait également été débouté de sa demande d’arrêt du tournage. L’Homme qui tua Don Quichotte pourrait toujours être montré à Cannes d’après la journaliste de France Inter Corinne Audouin, sachant qu’il ne s’agit pas d’une sortie en salles. Pas en compétition, toutefois : pour apaiser les exploitants courroucés contre Netflix, le festival a récemment changé son règlement, exigeant désormais que tout film en compétition sorte en salles. Pour savoir si le film maudit de Terry Gilliam pourra être distribué au cinéma, il faudra attendre le verdict rendu le 15 juin prochain. Soit un mois après le festival de Cannes.

Source : Libération – Adrien Franque

 

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