Canal+ : moins de cinéma, plus de séries ?

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MAXIME SAADA
MAXIME SAADA
 

Investissements en baisse, mutualisation des obligations de dépenses dans le cinéma et la fiction… Avec ces propositions, Maxime Saada veut faire bouger les lignes.

La rente se raréfie : personne n’ignorait que Canal, confronté à des abonnés qui prennent la poudre d’escampette, devrait revoir à la baisse ses investissements dans le cinéma. Tant que c’était virtuel … Mais Maxime Saada, directeur général du groupe Canal, est rentré dans le concret dans une interview au Figaro : le groupe investira 35 millions de moins cette année dans le septième art (160 millions au lieu de 195 millions un an plus tôt). Pour donner une idée, si l’on se réfère l’apport financier moyen (1,3 million d’euros), c’est 27 films de moins aidés par Canal.

Depuis un an, la chaîne à péage réclame de pouvoir diffuser les films 6 mois après leur sortie en salle contre dix mois aujourd’hui. Les exploitants sont vent debout contre cette demande. « Le monde du cinéma n’a pas fait bouger les lignes pour Canal+. Or la bonne santé des producteurs dépend de celle de Canal+ » dit-il. Et le voilà qui formule de nouvelles demandes, parmi lesquelles celle-ci : la chaîne veut « mutualiser ses obligations de dépenses envers le cinéma et celles envers la fiction, (ce qui nous) permettra de moduler nos investissements. » Mine de rien, cette petite phrase annonce une inflexion éditoriale potentiellement importante. Au lieu d’avoir des obligations fléchées, le groupe répartirait ses investissements comme il le souhaite. Ça, c’est sur le papier. Car l’endroit où placer le curseur entre le cinéma et les séries fera certainement l’objet d’âpres discussions.

Exclusives, des séries comme « Baron Noir » ou « Le bureau des légendes » contribuent davantage à forger l’identité de Canal+ que les films qui ont déjà eu une première vie en salle. Elles attirent et fidélisent, exactement ce dont a besoin une chaîne par abonnement. Canal a compris, il y a une dizaine d’années, l’appétence pour ce genre télévisuel. Mais ses investissements restent modestes : de l’ordre de 60 millions d’euros. Pas de quoi résister à la concurrence qui n’a pas fini de se déployer : les spectateurs sont sollicités de toutes parts, les séries siglées Netflix, Amazon, Hulu, HBO, bientôt Apple déferlent. Ces acteurs alignent des sommes astronomiques. Les professionnels estiment qu’il y a, sur les marchés internationaux, 600 à 700 séries différentes disponibles. Aux Etats-Unis, l’an dernier, 455 saisons inédites ont été diffusées.

Si Maxime Saada pousse son avantage, c’est aussi que l’attitude d’Altice, nouveau venu dans le cinéma, fait apparaitre Canal comme très vertueux. La chaîne de cinéma Altice Studio (groupe de Patrick Drahi) émet depuis le Luxembourg, ce qui lui permet de se soustraire à la plupart des obligations. Elle proteste de son amour pour le monde du cinéma mais n’a, pour le moment, annoncé qu’un seul investissement dans le prochain film d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri. Les séries seront le moteur de son offre.

Source : Le Nouvel Obs – Véronique Groussard

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