Quand les films d’Aldo Maccione deviennent invisibles pendant 25 ans

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“L’œuvre de Philippe Clair est incroyablement stupide et vulgaire”, assure Jean Tulard dans son Dictionnaire du cinéma. Mais le public n’était pas de son avis: ses films ont rencontré un grand succès en salles, puis lors de leurs passages à la télévision.

Et nous avons une bonne bonne nouvelle à annoncer à tous les amateurs de cet humour pied noir: ils vont bientôt pouvoir revoir trois grand succès de Philippe Clair: Tais toi quand tu parles (1981), Plus beau que moi tu meurs (1982) et Par où t’es rentré, on t’a pas vu sortir (1984).

6,1 millions d’entrées en France

Ces trois nanars, qui avaient réalisé 6,1 millions d’entrées en France, sont invisibles depuis un quart de siècle. Ils étaient pris dans une âpre bataille juridique entre Philippe Clair et le producteur des trois films, Tarak ben Ammar, qui a accueilli une partie du tournage dans ses studios tunisiens. Lors d’une visite en Tunisie, le président François Mitterrand s’était même rendu sur le plateau, et n’aurait pas été insensible au charme des actrices en bikini qui entouraient la vedette Aldo Maccione…

Mais, après ce succès, le réalisateur né au Maroc et le producteur tunisien se sont fâchés, et se sont fait des procès tous azimuts depuis le début des années 1990. Au fil du temps, le conflit est devenu de plus en plus âpre. Philippe Clair a fait saisir -un temps- les négatifs des films, puis nantir 39 films produits par Tarak ben Ammar, et même demandé au tribunal de commerce de mettre en dépôt de bilan la société de Tarak ben Ammar…

Petit pactole

En pratique, le conflit portait sur la répartition du petit pactole généré par les trois films: 2,7 millions d’euros de recettes rien qu’en France, selon les relevés du CNC.

Philippe Clair reprochait à Tarak ben Ammar de ne pas lui donner tout l’argent qu’il lui devait. Il était aussi producteur associé des trois films, via sa société Babel Productions, ce qui lui donnait droit à une part des profits. Pour trancher ce litige, l’Association pour l’arbitrage et la conciliation pour le cinéma et l’audiovisuel est saisie en 1997. Philippe Clair choisit un des juges arbitres: le producteur René Thévenet. Tarak ben Ammar en choisit un autre, la productrice Claude Abeille. Ces deux juges arbitres en choisissent un troisième, le professeur de droit Christian Gavalda, qui préside le tribunal arbitral. Mais René Thévenet meurt en 1998, et Philippe Clair le remplace par un expert comptable, Jean Fleury.

En décembre 1999, les trois juges arbitres rendent enfin leur verdict. Ils décident que la société de Tarak ben Ammar doit payer 392.807 euros à la société de Philippe Clair, que les contrats de co-production des films sont résiliés, et qu’un liquidateur doit vendre au plus offrant les droits des trois films. Dès lors, Tarak ben Ammar estimera que les films, en attendant de trouver un nouveau propriétaire, ne peuvent plus être exploités, devenant donc invisibles…

Acheteur secret

Une vente aux enchères des trois films est alors décidée. Retardée par les multiples contentieux, elle a lieu en juin 2013. Cette vente attire une poignée d’éditeurs de DVD. Les enchères montent jusqu’à 300.000 euros… soit moins que leur valeur estimée par un administrateur judiciaire en 2002 (1,1 million d’euros) ou que l’offre de rachat faite par Tarak ben Ammar en 2006 (500.000 euros).

L’acquéreur est une société luxembourgeoise baptisée LionsBridge Estates SA, qui appartient à la holding néerlandaise de Tarak ben Ammar. Mais le nom de l’acquéreur n’est pas donné lors des enchères. Pour en avoir le coeur net, Philippe Clair engage alors une procédure pour s’assurer de l’identité de l’acquéreur. “Cette démarche de Philippe Clair était surprenante, car l’identité de l’acheteur des droits n’a été cachée à personne, notamment pas à l’expert chargé de la vente”, rétorque Tarak ben Ammar.

Quoiqu’il en soit, le producteur tunisien propose alors à Philippe Clair de trouver un accord amiable pour mettre fin à leur litige. Une transaction est finalement conclue le 22 avril 2015, qui prévoit que la famille Clair récupère 50% des droits, via une nouvelle société, Plubo Productions SAS. Suite à cela, les trois films sont en cours de numérisation et devraient sortir prochainement en DVD… La transaction comprend aussi une lettre d’intention sur la co-production d’un nouveau film de Philippe Clair (le réalisateur, qui va bientôt avoir 87 ans, n’a plus tourné depuis 1989).

Un dernier conflit toujours en cours

Toutefois, un dernier conflit reste toujours en cours sur les droits d’auteur dus à Philippe Clair en tant que scénariste et réalisateur. Pour calculer les sommes dues, Philippe Clair a mandaté un expert, Philippe Migeot. Ce dernier a trouvé des exploitations non déclarées des films en Allemagne, en Italie, aux Etats-Unis, et même une cassette vidéo sortie au Canada de Par où t’es rentré, on t’as pas vu sortir.

Philippe Clair retrouve aussi une lettre signée de Tarak ben Ammar qui lui promet de lui verser sur un compte en Suisse “15% du 100% des bénéfices nets du film Tais toi quand tu parles sur le monde entier”, c’est-à-dire hors-de-France. La lettre est à en-tête du producteur principal du film, Accent Films BV, une société de Tarak ben Ammar immatriculée aux Pays-Bas. Certes, cette société a été dissoute en 2000, mais son actionnaire, la société Accent Investment & Finance NV immatriculée aux Antilles néerlandaises, reste toujours active. Avec cette lettre à l’appui, Philippe Clair réclame 522.126 euros, qui lui sont accordés en première instance, mais pas en appel. En effet, la cour d’appel estime “ne disposer d’aucune information permettant de conclure avec certitude que Accent Investment & Finance NV viendrait aux droits de Accent Films BV”, même si Tarak ben Ammar a “un rôle dirigeant et de responsable dans chacune des sociétés”.

Contre offensive tous azimuts

Avec plus de chance, Philippe Clair réclame 1,4 million d’euros de droits d’auteur. Il perd en première instance, mais en appel gagne 1,1 million d’euros. Furieux, Tarak ben Ammar lance alors une contre offensive tous azimuts. D’abord, il dépose le bilan de Carthago Films, la société qui avait produit les trois films. Cela gèle les dettes des créanciers… à commencer par Philippe Clair, qui déclare une dette de 1,6 million d’euros. Finalement, malgré l’opposition de Philippe Clair, un plan de redressement est adopté, étalant le paiement des dettes sur huit années…

Parallèlement, Tarak ben Ammar étudie de près le rapport de l’expert Philippe Migeot et fait une découverte intéressante: le papier à en-tête du rapport indique que Philippe Migeot est “expert agréé auprès de la cour d’appel”, ce qu’il n’est plus. Le producteur tunisien porte alors plainte au pénal pour “faux, usurpation de titre, et escroquerie au jugement”. Mais il est débouté en première instance comme en appel, et même condamné à une amende de 15.000 euros pour procédure abusive.

Enfin, Tarak ben Ammar se pourvoit en cassation, avec plus de succès. Il fait casser le jugement pour vice de forme. L’affaire est renvoyée devant la cour d’appel de Versailles, qui doit enfin rendre son verdict cet automne. Un temps, cette dernière procédure a été suspendue par une médiation devant le Centre de médiation et d’arbitrage de Paris, mais qui n’a pas abouti.

Contactés, ni Philippe Clair ni son avocat Gérald Bigle n’ont souhaité faire de commentaires.

Source : BFMTV

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