Pour le réalisateur Julien Leclercq, nous n’avons pas le droit de critiquer « Valerian »

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C’est rigolo quand même (si, si, vous allez voir, c’est tordant) : quelques jours avant la sortie de Valerian dans nos salles, on vous avait concocté un petit dossier sur les rapports un peu étranges qu’entretenait Luc Besson avec la critique depuis le début de sa carrière, et ce mythe selon lequel il serait détesté par la presse – alors qu’une petite revue de presse du passé a démontré que c’était loin d’être le cas.

Rebelote, on y a encore eu droit cette fois encore. Il faut dire que les premiers retours américains étaient plus que constrastés et que le box-office désastreux du film là-bas aurait tendance à leur donner raison alors qu’en France, si le film ne fait pas le consensus question critique, son gros démarrage devrait lui assurer un tout autre destin.

Mais bon, comme d’habitude, c’est de la faute des critiques. Sauf que cette fois, ce n’est pas Luc Besson qui le dit mais son poto Julien Leclercq, réalisateur de L’Assaut et de Braqueurs, qui a fait savoir via un long message Instagram que ce n’était pas joli-joli de dire du mal de ce film, en mettant en avant les critiques assassines de Libération, Le Monde et Mad Movies :

« J’admire profondément les gens qui FONT les choses… Imaginer, fédérer, financer, raconter, construire, surmonter… Voilà le challenge d’un metteur en scène et de son équipe au quotidien… sur des mois, des années… De part son ambition visuelle & financière, Valerian se doit de fonctionner partout et surtout en France !! Chaque film est une PME qui emploie des centaines de personnes à chaque fois… et le succès de Valerian permettra de financer des films d’auteurs moins évidents à produire… Bravo à Luc Besson d’avoir réussi une telle prouesse!! D’avoir garder ce tournage en France… C’est colossale ! Et tellement nécessaire. Le cinema Francais en a besoin ! Alors les Isabelle, Didier et Alexandre qui sont payés à dire « ça c’est bien… ça c’est pas bien », prenez conscience de votre « french bashing » et ce que c’est de réaliser une telle entreprise comme Valérian ! Arrêtez de casser du sucre sur un réalisateur qui travaille plus que vous tous réunis ! Nous devons tous soutenir ce film ! Vive la France ! Vive Valerian ! Vive Luc Besson ! »`

Donc, plusieurs choses. Déjà, nous n’avons rien modifié du message original, donc les fautes c’est cadeau (même si, sur ce plan, on n’a pas trop intérêt à la ramener, n’est-ce pas).

Ensuite, mis à part créer du drame pour faire parler du film et entretenir le statut de victime de Besson, on ne voit pas trop l’utilité d’une telle intervention. Ce n’est pas comme si le film se plantait en beauté dans les salles, alors, franchement, c’est pas super utile.

Enfin, sur le fond, on a quand même quelques problèmes avec ce qu’on nous raconte. N’y voyez pas là une blessure d’orgueil de notre part ou une volonté de défendre les copains (ça on s’en fout, ils sont assez grands pour le faire eux-mêmes), mais les arguments ne tiennent pas. On ne peut pas parler de « french bashing » alors que Besson a été omniprésent dans les médias pour la promo de son film, que la campagne marketing a été colossale et que le film s’en sort plutôt bien question critique (une moyenne de 3.1/5 sur Allociné). Par ailleurs, c’est un peu moyen d’attaquer les journalistes ad nominem sur leurs avis et opinions dans un pays qui prône la liberté d’expression. Au-delà de l’argumentaire digne d’un ado prépubère (« Z’avez qu’à vous sortir les doigts et faire un film avant de dire que c’est pas bien bande de nullos »), il faudrait veiller à ne pas tout mélanger.

Faire un film est un travail titanesque, qui demande une énergie dingue et pendant longtemps – la grande majorité des critiques en a parfaitement conscience, et sait comment la machine tourne. Critiquer un film requiert certes moins d’engagement personnel, mais cela reste un vrai métier. Et, d’un côté comme de l’autre, il faut savoir accepter un avis différent du sien. C’est la règle, ça fait partie du jeu. Alors quand on nous rabâche ces vieux clichés, qui deviennent depuis un certain temps des arguments promo, forcément, on ne peut pas être d’accord. Si l’on nous dit qu’aimer Valerian est une obligation, c’est non. Si l’on nous dit que soutenir le film c’est soutenir la France (avec ce que ça implique pour ceux qui n’aiment pas le film), c’est non aussi. Tout simplement parce que nous sommes en démocratie et que la diversité des opinions est aussi ce qui fait la richesse de notre culture.

Donc bon, dire qu’un film comme Valerian est un enjeu national, alors que ses 180 millions de budget ont déjà été quasiment remboursés par les préventes et que le film ne s’est pas privé d’aller chercher des talents étrangers sur pas mal de postes clé, c’est un peu fort. L’ériger en hérault de notre identité, c’est invraisemblable. Et puis merde quoi, on fait ce qu’on veut aussi, c’est ça la République en marche.

Source : Ecran Large / Christophe Foltzer

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