Ils vont faire 2015 : Léa Seydoux, par Gilles Jacob

0
50
LEA SEYDOUX
LEA SEYDOUX
 

Avant de retrouver l’intégralité de ces textes dans « l’Obs » en kiosque ce mercredi, en voici un avant-goût :

Léa Seydoux, par Gilles Jacob

Léa Seydoux sera à l’affiche du prochain James Bond, « Spectre », de Sam Mendes. Sortie le 23 octobre 2015. Critique et essayiste, Gilles Jacob a été le président du Festival de Cannes, de 2001 à 2014.

Elle est née Seydoux, synonyme d’une famille que sa richesse met à l’abri pour plusieurs générations ; elle est devenue en quelques années, sans rien demander à personne, et surtout pas aux siens, une actrice choyée, reconnue comme une des plus douées de notre époque. Mieux, elle a obtenu en 2013 la palme d’or à l’unanimité (avec Abdellatif Kechiche et Adèle Exarchopoulos) pour une oeuvre sulfureuse (« la Vie d’Adèle – Chapitres 1 et 2 »), non pas en tant qu’actrice mais en tant que coauteur du film, à la demande de Steven Spielberg, président du jury – ce qui n’était jamais arrivé dans toute l’histoire du Festival de Cannes.

Scorsese a raconté qu’il avait, après sa palme pour « Taxi Driver », raté par arrogance les deux films suivants avant de se ressaisir. Je présume que ce ne sera pas le cas avec Léa. Comme pour se faire pardonner les faveurs de fées bienveillantes, elle restera la même : une belle jeune femme de son temps, aux traits fins comme la petite renarde de Janácek, qui n’a rien perdu, à 29 ans, de sa courtoisie ni de sa ténacité à apprendre qui rappelle les débuts d’Isabelle Huppert.

Elle a la beauté rare et l’étrangeté qui se remarquent d’emblée (en motarde inattendue chez Rebecca Zlotowski, en lectrice de Marie-Antoinette chez Benoît Jacquot) et ne s’oublient plus, une présence, une justesse de jeu, comme on le vérifie chez Christophe Honoré.

Dans la vie, elle est souriante mais réservée, s’intéresse à tout, pétille d’intelligence et traverse calmement le monde d’aujourd’hui comme si sa propre réussite lui était étrangère. Une fausse note cependant : dans l’engueulade publique entre Kechiche et ses actrices sur les conditions de travail pendant le tournage, c’est elle qui a fait les frais, plus qu’Adèle, de la contre-offensive du cinéaste : lutte des classes pas morte.

Léa face à 007

Et voici qu’elle va maintenant jouer, aux côtés de Monica Bellucci, les sirènes indomptables chez James Bond. Qui a dit que la France, à l’export, faisait piètre figure ? Fini le temps des bimbos sans cerveau. Léa face à 007, c’est plus qu’une évolution de palais – une révolution de studio.

Hollywood n’avait jamais encore osé confier le rôle féminin number one à une actrice aussi indépendante, prête à tout prendre et à tout donner. Après avoir tenu le rôle de la lesbienne sexy dans Kechiche, n’importe quelle autre comédienne aurait été barrée de la liste des James Bond girls possibles par les studios : trop tentante, trop dangereuse sexuellement, trop masculine dans sa manière de jouer l’homme de la situation. Trop moderne finalement.

Mais non, Hollywood en redemande. Dit oui au sexe, oui à la tentatrice ultime, oui à la nouvelle Marilyn. Seule erreur : ne pas avoir viré Daniel Craig, cette gentille petite chose, et casté Léa dans le rôle de l’agent secret.

N’importe : la machine s’emballe et, d’ex-petite comédienne française à films d’auteur, voilà Léa propulsée vedette internationale, avec la certitude, toute palette étalée, qu’elle croulera sous les propositions et pourra choisir à sa guise. Que dis-je, les propositions. L’oscar même ! Qu’elle décrochera assurément. L’année prochaine ou une autre. N’importe : Léa restera toujours belle au dehors comme au-dedans et, accumulant les succès, continuera de se sourire dans la glace en trouvant que ça lui fait tout drôle d’être une étoile de cinéma.

Source : Le Nouvel Obs – Gilles Jacob

Si vous voulez connaître le calendrier de mes sessions de formations, allez sur Dirprod Formations.
Mes principales formations :
Créer sa boîte de prod !
Produire un documentaire pour la télé.
Directeur de production pour le cinéma, les indispensables.
Directeur de production en fiction télé, les indispensables.