Fausses vérités et vrais enjeux du cinéma français

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ERIC GARANDEAU
ERIC GARANDEAU
 

Tribune du Président du CNC, Eric Garandeau.

Tant mieux si le cinéma est en France un objet de passion, tant mieux s’il rassemble les publics autant qu’il divise les « professionnels de la profession ». Le débat sur les cachets des stars – aussi vieux que le cinéma – ne doit pas occulter la Renaissance du cinéma français. Laissons parler chiffres et médailles: 70% des Français vont au cinéma, plus de 200 millions d’entrées par an dont 40% pour des films français et 140 millions d’entrées à l’étranger en 2012, le double des années passées! Les prix obtenus dans les festivals sont aussi impressionnants, de Cannes à Tokyo sans oublier les Oscars: après le sacre de « The Artist », « Amour » est sélectionné dans 5 catégories ! La diversité est notre force et les Français excellent autant dans les films d’auteur intimistes que dans les polards et les thrillers, les documentaires et l’animation où nous faisons jeu égal avec les USA.

Cette renaissance est le fait d’une nouvelle génération de cinéastes éclectiques, audacieux, ouverts sur le monde, servis par les meilleurs techniciens du monde. Grâce à eux la France est le premier partenaire du cinéma d’auteur, nous produisons un quart de tout le cinéma européen! Le CNC les soutient avec des aides qui vont du court métrage aux programmes web.

Cette situation privilégiée suscite l’admiration des cinéastes et des gouvernements du monde entier, c’est un atout majeur pour l’image de la France, mais elle est parfois vécue comme un problème ici où le succès fait peur, suscite la jalousie…

Aussi les pires confusions circulent à propos de notre cinéma: les acteurs seraient trop payés à cause de l’argent public, le CNC encouragerait l’inflation des budgets ou la multiplication de petits films suscitant de moins en moins d’entrées… C’est évidemment faux. Le CNC collecte des taxes sur les recettes des films américains et français pour en redistribuer l’essentiel aux films d’auteur, en encourageant la qualité des scénarios, des musiques originales, des effets visuels… En gros on taxe « Batman » et « Les Ch’tis » pour financer « Amour » et « Holy Motors ».

Si les cachets des stars s’envolent sur certains films commerciaux, la responsabilité en revient aux producteurs qui les signent et aux télévisions privées qui se les arrachent, l’argent public n’entre pas en ligne de compte – même si le CNC ne verrait que des avantages à ce que les chaînes diversifient leurs investissements, les films les plus coûteux étant rarement les plus rentables…

La Ministre de la Culture a demandé au CNC d’organiser des Assises pour la diversité du cinéma avec un triple objectif: tordre le cou aux mensonges en rappelant la force et la pertinence de notre modèle; responsabiliser les parties prenantes à la production pour améliorer la rentabilité et la qualité des films; et traiter des vrais enjeux fondamentaux pour l’avenir de notre cinéma: comment faire qu’internet, devenu le principal média audiovisuel, puisse financer à son tour le cinéma et l’audiovisuel français et européen? Nous sommes parvenus à apprivoiser et intégrer la télévision à notre écosystème il y a 30 ans. En 2007 le CNC a obtenu l’extension des taxes affectées à l’univers de l’Internet, mais contre toute attente la Commission européenne bloque depuis 14 mois un ajustement essentiel de cette taxe, et ne comprend toujours pas la nécessité d’aider les sites européens de vidéo à la demande, la nécessité de faire contribuer à la création les plateformes extra-européennes, et la nécessité d’uniformiser les taux de TVA. Ces enjeux sont autrement plus importants que la question des cachets des stars, il serait temps de les traiter…

Source : Le Figaro

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