Le duo Toledano/Nakache, de l’année « Intouchables » à leur prochain film

0
10
 

Il y a presque un an, Intouchables, la comédie phénomène, arrivait sur les écrans français, prélude à un tour du monde triomphal (43,5 millions d’entrées et 294 M€ au cumul en date du 18 septembre). Les deux réalisateurs décryptent cette épopée, leurs envies, leurs souhaits et leurs projets.

Le choix d’envoyer Intouchables dans la course à l’Oscar du meilleur film étranger vous replace dans l’œil du cyclone médiatique. Quelle va être votre stratégie pour arriver à une nomination ?

Éric Toledano : La parenthèse se refermait doucement et c’est vrai que cela remet le film en avant. S’il n’y a pas encore de stratégie définie, je pense que nous allons faire plutôt profil bas. Nous avons de très bonnes relations avec Harvey Weinstein et nous avons totalement confiance en lui. Il a souvent assuré la promotion lui-même aux États-Unis !

Vous avez consacré un an de votre vie à la promotion internationale…

Olivier Nakache : Nous sentions que ce genre de phénomène ne se produit qu’une fois dans une vie. Le film a touché quelque chose que nous ne nous expliquons pas. Nous avons donc essayé d’en profiter. Depuis 2004, depuis le tournage de Je préfère qu’on reste amis, nous ne nous sommes pas arrêtés. Discuter avec des Bosniaques, des Japonais, des Anglais, c’était passionnant !

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans cette tournée mondiale ?

ET : La projection à ciel ouvert, au Festival de Sarajevo, devant 4 000 personnes. Ce festival a été créé par un homme qui s’est caché durant quatre ans sous la scène d’un théâtre, qui était aussi la cinémathèque de la ville, pendant la guerre. Quand le conflit s’est achevé, au lieu de projeter les films en cachette, il a souhaité le faire devant le public le plus large possible.

ON : Le Japon m’a marqué. Si ce film passait la barrière de cette culture, c’est qu’il touchait vraiment en profondeur. Je me souviens aussi avoir été éberlué en découvrant, dans la foulée de la sortie française, les chiffres de la Corée du Sud. Pour son week-end de lancement, on comptait 400 000 spectateurs. J’étais sûr qu’il n’y en avait que 40 000 ! On a aussi fait un périple très fort en Israël.

Un seul territoire a boudé Intouchables, la Russie. Le cinéma français y est pourtant bien implanté…

ET : Le public local plébiscite les films d’action et la société russe, en pleine mutation, n’avait peut-être pas envie d’un film abordant les thèmes du handicap ou de la banlieue. On s’interroge toujours pour comprendre comment, dans des pays en crise comme la Grèce, l’Italie ou l’Espagne, le film a enregistré respectivement 100 000, 2 millions et 2,7 millions d’entrées, le top de l’année. Il y a, au final, un aspect irrationnel au cinéma. Après en avoir lu le scénario, François Cluzet nous avait dit : “Ce film ira très haut, ou très bas.”

À l’inverse, en Allemagne, vous approchez désormais les 9 millions d’entrées !

ET : Le distributeur local, Senator, visait 800 000 spectateurs, il y en a eu dix fois plus. Comme en Israël, où on nous avait prévenu que 50 000 serait un beau résultat. Il y en a eu 500 000, dans un marché difficile où les Américains sont surpuissants. Outre-Rhin, en analysant les coupures de presse que nous avons fait traduire, nous avons remarqué trois choses : que le public avait été surpris de rire avec de tels sujets ; que l’histoire vraie les avait touchés (le livre de Philippe Pozzo di Borgo a d’ailleurs été un best-seller dans la foulée) ; et que la beauté d’Omar Sy, son sex-appeal, avait aussi troublé le public féminin… En plus, chaque été, les films à fort box-office ressortent en salle. Ça a propulsé le film encore plus haut.

Serge Hazanavicius a suivi son frère Michel en tournant pour Canal + un documentaire qui suivait l’aventure américaine de The artist. Avez-vous chroniquez aussi votre aventure internationale d’une manière ou une autre ?

ET : On nous l’a proposé, mais nous l’avons fait nous-même. Il y avait un truc qui nous gênait, c’était le côté « Oui-oui à la plage ». Ce qui nous intéressait, c’était d’essayer de comprendre pourquoi le film avait marché du Japon à la Colombie. Un doc a été produit par Magneto Presse, qui est allé rencontrer tous les distributeurs du film à l’international, ponctué par des extraits de nos périples à Sarajevo, à Tokyo. Il sera présenté sur Canal +, pour la première diffusion du film le 19 décembre, accompagné d’un zapping « Autour d’Intouchables » qui va analyser ce qui s’est dit à la télévision française sur le film, pour voir les questions qui ont été évoqué, le handicap, la banlieue, les réactions positives ou négatives.

On lit beaucoup de choses sur le remake du film. Où en êtes-vous ?

ON : Ce n’est pas entièrement entre nos mains. C’est Harvey Weinstein qui, dès le début, a réfléchi à l’idée. La pertinence du remake est, selon nous, juste pour le marché américain vu le succès du film dans le reste du monde. En général, nous n’aimons pas les suites par crainte de dénaturer l’original. L’idée de participer de près ou de loin à un remake entre dans la même logique. Le plus intelligent pour nous est de nous tenir à distance. Mais nous avons clairement dit à Harvey Weinstein que Colin Firth avait notre préférence. Ensuite, le nom de Paul Feig (le réalisateur de Mes meilleures amies, Ndlr) a été évoqué et nous l’avons rencontré. C’est désormais à Harvey Weinstein de décider, mais nous nous assurerons que l’histoire de Philippe Pozzo di Borgo est respectée.

Après un tel accueil, comment avez-vous géré les nombreuses offres qui vont été faites. Et de quoi avez-vous envie ?

ON : Nous avons rencontré tout le monde à Los Angeles, c’était très drôle. En rentrant, on s’est posé la question : se voit-on faire un film en anglais, aux Etats-Unis, avec des éléments que l’on ne maîtrise pas encore tout à fait, loin de nos familles, de nos techniciens…Pas pour le moment !

ET : Nous avons une vision assez relativiste de la vie. Si on a gagné une liberté, c’est surtout celle de ne pas faire quelque chose dans laquelle nous ne sommes pas heureux. Même si la proposition est prestigieuse. Nous avons toujours pensé que la comédie, c’est un genre noble. Ce qui nous excite le plus, c’est de continuer à faire ce que nous faisons, car nous n’avons jamais été dans la frustration…

Le succès ne vous a-t-il pas donné l’envie de tenter l’expérience de travailler chacun de votre côté ?

ET : Gérer tout ce qui nous est arrivé à deux a été précieux. Nous n’avions pas l’habitude d’une telle pression. L’anonymat nous satisfaisait. Nous sommes habitués à travailler à deux, avec des sujets qui nous motivent ensemble. L’envie d’aller chacun de notre côté arrivera peut-être, mais pas pour le moment…

Vous restez chez Quad, une société qui est aussi un incubateur de talents. Avez-vous, par exemple, envie d’accompagner des réalisateurs ?

ET : Probablement. Nous le faisons déjà avec Mathieu Vadepied, qui a signé la lumière d’Intouchables. Il a aussi réalisé le documentaire Portrait d’Intouchables, qui est sur le DVD. Nous le suivons car il souhaite réaliser un film en cours de développement.

ON : Nous avons aussi envie de trouver des jeunes. Ce qu’a fait Jamel Debbouze dans le one-man show, c’est une grande preuve d’intelligence. Nous restons alertes et produisons, par exemple, le court métrage d’un assistant d’Intouchables. C’est une opportunité que nous donne le film. La production est cependant un vrai métier, et nous sommes entourés de vrais producteurs. Nous savons que, le jour où il y aura des décisions à prendre, Nicolas, Yann ou Laurent seront là.

Avez-vous avancé sur votre prochain film ?

ET : Nous nous sommes emballés sur de nombreux projets. À un moment, nous avons eu l’envie de travailler en Angleterre et nous avons rencontré Working Title, dont la sensibilité est proche de la nôtre. Des sujets magnifiques nous étaient proposés mais nous sommes revenus à un projet français, dans la veine de ce que nous savons faire, une comédie avec du sens. Après avoir raconté beaucoup d’histoires d’hommes, nous allons essayer de nous pencher sur les rapports hommes-femmes. Toujours dans la rencontre de deux univers opposés.

L’homme, ce sera… Omar Sy ?

ET : Cela pourrait être lui. Nous avons entendu son message le soir des César : “J’espère que c’est le début de notre aventure.” Nous avons écrit Intouchables pour lui. Je repense souvent à la phrase qu’il nous avait dite quand nous l’avons rencontré en 1999 : “Je ne suis pas acteur !”

ON : Nous avons aussi la sensation qu’il peut aller encore plus loin, nous avons encore des histoires à écrire avec lui.

Source : Le Film Français – Francois-Pier PELINARD-LAMBERT

Si vous voulez connaître le calendrier de mes sessions de formations, allez sur Dirprod Formations.
Mes principales formations :
Créer sa boîte de prod !
Produire un documentaire pour la télé.
Directeur de production pour le cinéma, les indispensables.
Directeur de production en fiction télé, les indispensables.