Le Jour où Dieu est parti en voyage de Philippe Van Leeuw, photographié par Marc Koninckx Avec Ruth Keza Nirere – Sortie le 28 octobre 2009

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Premier long métrage de Philippe Van Leeuw, Le Jour où Dieu est parti en
voyage a été tourné à Kigali, capitale du Rwanda et dans la région du lac Kivu,
près de la frontière du Congo et du Burundi.Marc Koninckx en a signé l’image et
nous accorde un entretien à propos de ce « huis clos en extérieur ».
Comment s’est fait ta rencontre avec Philippe et pourquoi avez-vous choisi de
travailler ensemble ?

Je ne le connaissais pas du tout. Philippe étalonnait le film Les Bureaux de Dieu
chez HoverlorD, à Liège où moi-même je venais de finir l’étalonnage de Johnny
Mad Dog. Il en a vu quelques images, m’a appelé.

Quels ont été vos partis pris artistiques ?

Dès le départ, la position de Philippe a été très claire. Il ne voulait pas tourner en
HD et avait une idée précise du format : le Scope.

Je lui ai proposé de tourner en Super 35, 3 perf, pour pouvoir utiliser des
objectifs sphériques, permettant d’avoir plus de diaph, un matériel plus léger
et donc plus adapté aux conditions extrêmes de tournage qu’on allait trouver
en Afrique.

J’ai pris comme caméra la Moviecam MKII et une BL III en
caméra de réserve. Finalement j’ai utilisé la BL III
beaucoup plus souvent que prévu, en particulier pour
tourner tous les plans à l’épaule, cette caméra étant plus
compacte et mieux équilibrée. Pour les objectifs, mon
choix s’est arrêté sur la série Ultra Prime.
Philippe voulait également une image assez sobre,
réaliste et naturaliste.

C’est assez compliqué. Quand on se ballade au Rwanda,
tout est beau, la forêt vierge, les lacs, le paysage des Mille collines. Alors, on
tombe très vite dans le côté carte postale. Après des essais entre Fuji et Kodak,
j’ai décidé de tourner en Fuji 400 ISO (Pastel). Cette pellicule est plus sensible
au vert et a donc plus de détails dans ce spectre que la Kodak. Elle est aussi
moins sensible au bleu, ce qui m’évitait des ciels trop bleus et de retomber dans
le look  » carte postale « . Pour éviter du grain dans les hautes lumières (ce qui est
assez typique pour cette émulsion), j’ai fait au labo un traitement  » grain fin  »
d’un demi diaph. J’ai surexposé le négatif d’un diaph pour avoir un négatif plus
riche et, pour certaines séquences, j’ai tourné sans filtre 85 pour désaturer
encore plus. Le résultat est que la nature ne prend pas trop d’importance
visuellement et que le regard est poussé vers nos deux personnages.

Les conditions de tournage

Nous avions une équipe légère pour permettre de multiples déplacements
dans la forêt et sur le lac Kivu. Ce nombre de personnes réduit était aussi une
condition nécessaire pour préserver le cadre naturel qui nous servait de décor.
Dans ces conditions,
nous ne pouvions
emporter que peu de
machinerie et peu de
lumière.

Pour le déplacement
de l’appareil, on a
élaboré un système, la
caméra était suspendue
sur une barre avec un élastique. Suivant la vitesse du
mouvement, la caméra était portée par 2 ou 4 machinos. Cette technique de
portage fonctionnait vraiment bien, et cela nous a donné des images très
vivantes, entre la caméra à l’épaule et le Steadicam.

J’avais aussi une Mini Jib qui me permettait d’être plus libre avec la caméra et
de m’adapter au rythme de la comédienne.

Pour la lumière, ce n’était pas si simple. La plus grande partie du film est
tournée en forêt avec des séquences très installées, parfois sur plusieurs jours
dans le même décor. Evidemment, le soleil tourne. Pour garder une cohérence
dans la direction de lumière, j’ai opté pour un système qui consiste à couper
partiellement la lumière avec des tulles ou borniols. C’était assez assez facile
d’accrocher tout ça dans les arbres. Généralement je descendais le niveau de 2
diaphs. Au fur et à mesure que le soleil tournait, je retirais des couches ou je
rééclairais les visages avec des petites sources. J’avais aussi un 2,5 et un 4 kW,
un Joker 800 pour remonter le niveau général, c’est tout.

Pour des peaux noires, on arrive à créer une profondeur dans le visage en
éclairant par réflexion, en utilisant des écrans blancs ou des draps.
Pour calibrer les reflets obtenus sur les visages, j’utile toujours un polarisant.
C’est assez facile à doser.

Malgré le sujet, une femme qui fuit le génocide, ses enfants assassinés,
j’ai essayé de renforcer à l’image, petit à petit, l’éventuelle
renaissance de cette femme. Je tenais beaucoup à avoir cette
brillance sur son visage. Cette étincelle éphémère qui peut faire
basculer un destin.

Nous étions en étalonnage traditionnel ; Christophe Bousquet, de
GTC, vérifiait le négatif et m’envoyait des photogrammes par Internet.

Comment se passe un tournage avec un réalisateur qui est aussi directeur de
la photographie ?

Ça s’est très bien passé, quoiqu’on n’ait pas du tout le même style de
photographie ou de cadrage. Au départ, Philippe était très proche du cadre,
techniquement parlant, puis il a laissé tomber pour se consacrer aux
comédiens ; au bout d’une semaine, chacun avait son rôle.

Que représentent ce film et son sujet pour toi ?

C’était indispensable de le faire. Tout d’abord je pense que des films sur des
sujets pareils sont nécessaires pour
ne pas oublier les horreurs qui ont été
commises. Ce sont des témoignages
et ils nous servent de mémoire.
Quand on tourne dans des pays
comme le Rwanda, on laisse derrière
soi son confort habituel et on apprend
beaucoup. On travaille avec des techniciens
sur place avec lesquels on
forme une équipe. Il faut s’adapter à
leurs cultures et à leurs façons de
fonctionner. On est souvent confronté
à des situations ou problèmes imprévus. Je trouve qu’on se  » surpasse  » quand
on arrive à trouver des solutions et aboutir au résultat qu’on avait imaginé.
Sur ce film, on travaillait avec des techniciens et des figurants qui avaient vécu
l’horreur du génocide.

Ruth Nirere, qui joue Jacqueline, n’est pas actrice à l’origine, mais une
chanteuse assez connue au Rwanda. Elle est extraordinaire, expressive dans
son regard, présente. Elle a joué ce rôle qui était extrêmement difficile et délicat
avec une grande justesse. Nous avons découvert une actrice remarquable !

Le Jour où Dieu est parti
en voyage

Caméra :
Panavision Alga
Moviecam MKII, Arri BL III

Objectifs Ultra Prime

Pellicule Fuji 400 ISO

Tungstène

Laboratoire GTC :
développement grains
fins 1/2 diaph,

Etalonneur
Christophe Bousquet

1er
Assistant caméra : Benoît
Deleris

2e assistant
caméra : Yann Tribolle

Chef machino : Simon
Van Leeuw

Chef électro :
Lucillo Da Costa.

Source : AFC (Propos recueillis par Isabelle Scala)

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