« Séraphine » et Yolande Moreau raflent les Césars

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Cette petite production l’emporte ainsi sur le film de gangsters à grand spectacle, puisque Mesrine est reparti avec trois Césars (réalisateur pour Jean-François Richet, interprète pour Vincent Cassel, et son). Séraphine a également fait beaucoup mieux que la dernière Palme d’or de Cannes, Entre les murs, de Laurent Cantet, qui a dû se contenter du trophée du scénario adapté d’une œuvre, attribué à Cantet, François Bégaudeau et Robin Campillo.

Avec Séraphine, l’Académie des arts et des techniques du cinéma a distingué l’un des films les plus modestes, par son budget et ses résultats commerciaux, de la sélection proposée à ses suffrages. Le film a réalisé 500 000 entrées à ce jour ; l’exploitation du film n’est pas terminée et pourrait bénéficier de cette moisson de prix. Yolande Moreau avait déjà obtenu deux Césars pour Quand la mer monte (2005), qu’elle a réalisé avec Gilles Porte : ceux de l’actrice et du premier film.

Toutefois, les votants ont voulu préserver l’œcuménisme qui reste en théorie l’un des fondements du cinéma français. Deux prix importants ont été accordés à Mesrine, production colossale et gros succès commercial. Et, à l’exception du Faubourg 36, de Christophe Baratier, reparti bredouille, les films nommés plusieurs fois ont été récompensés, qu’il s’agisse de la comédie familiale Le Premier Jour du reste de ta vie, primée à travers ses espoirs, Marc André-Grondin et Déborah François, et son montage, ou du drame romanesque de Philippe Claudel, Il y a longtemps que je t’aime (premier film, second rôle féminin pour Elsa Zylberstein).

Reste que l’engouement pour Séraphine traduit un penchant pour l’austérité, qui s’est traduit sur scène avec un numéro minimaliste de comédie musicale qui a ouvert la cérémonie. Une semaine plus tôt, les Oscars avaient proposé un spectacle colossal qui voyait un Hugh Jackman– l’acteur australien qui présentait la remise des trophées hollywoodiens – chantant et dansant à la tête d’une troupe qu’il emmenait avec Beyoncé Knowles. Sur la scène du Châtelet, Antoine De Caunes, maître de cérémonie, était seul pour reprendre le numéro de Gene Kelly dans Dansons sous la pluie.

DANY BOON SURGIT

Cette mélancolie peut être aussi bien attribuée à la crise économique, dont les effets se font toujours attendre pour le cinéma français, qu’à l’absence de deux piliers des Césars, auxquels la cérémonie a rendu hommage : leur fondateur Georges Cravenne et leur « parrain » , Claude Berri, tous deux disparus en 2008. Quoi qu’il en soit, la cérémonie a été exempte de polémiques et de proclamations artistiques ou politiques.

La plupart des lauréats ont préféré remercier leurs proches. Vincent Cassel a salué Claude Berri parce qu’il est le père du producteur de Mesrine, Thomas Langmann, remercié les enfants de Jacques Mesrine, et a fait projeter un extrait du Farceur de Philippe de Broca, un film de 1961 dans lequel on voyait danser son père Jean-Pierre Cassel, mort en avril 2007.

Cette réunion familiale s’est déroulée sous les yeux tour à tour amusés et effarés de Sean Penn, qui fut président du dernier Festival de Cannes et qui était invité à remettre le César du meilleur film, et de Dustin Hoffman, qui a reçu un César pour l’ensemble de sa carrière.

Les deux acteurs américains, qui seront à l’affiche en France le 4 mars – Sean Penn dans Milk, qui lui valut l’Oscar, et Dustin Hoffman dans Last Chance for Love –, ont pu partir rassurés pour Los Angeles : ils ont vu se vider pacifiquement la seule querelle qui menaçait la belle unanimité de la soirée parisienne. Après avoir annoncé qu’il n’assisterait pas à la fête, parce que Bienvenue chez les Ch’tis n’avait reçu qu’une nomination (catégorie scénario original), Dany Boon a surgi sur la scène du Châtelet en veste de smoking et pantalon de survêtement orange. Il a remis le César du premier film à Philippe Claudel, et a attendu de bonne grâce que le prix du scénario lui échappe.

Source : Le Monde / Thomas Sotinel

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