«Entre producteurs et réalisateurs, la lutte des classes n’est pas terminée»

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Les réalisateurs, des «fantômes économiques»? 600 cinéastes ont signé une pétition en ligne pour dénoncer les conditions de leur profession. «La fonction de réalisateur est le seul métier de l’audiovisuel et du cinéma qui ne bénéficie d’aucun salaire minimum hormis le smic», dit le communiqué envoyé par la Société des réalisateurs français (SRF). Si des Cédric Klapisch ou Dany Boon ne sont pas à plaindre, d’autres vivent mal. Alors que la convention collective des métiers du cinéma est en train d’être renégociée, avec une annexe qui pourrait définir le statut des réalisateurs, 20minutes.fr a interrogé l’un d’eux, Olivier Poucet.

Combien est payé un réalisateur en moyenne?

On n’a pas de chiffre puisqu’il n’y a aucune grille. Tout dépend de ce que le réalisateur aura négocié avec son producteur, sachant qu’un Dany Boon n’a pas le même poids qu’un réalisateur moins populaire. Certains ne gagnent même pas le smic. On veut que le salaire du réalisateur soit au moins égal au salaire du technicien le mieux payé (pendant le tournage, le plus haut salaire est celui du chef opérateur, environ 2.500 bruts par semaine de tournage, ndlr).

Pourquoi dénoncer maintenant les conditions de votre métier alors que cela fait des années que c’est comme ça?

Un cinéaste préfère mettre en avant sa créativité plutôt que ses besoins matériels. Ce n’est pas très glamour de parler de ces histoires de retraites, d’assedics, etc. Et puis, si les réalisateurs n’ont longtemps rien dit, c’est parce qu’ils croyaient que donner un salaire minimal pour un réalisateur prendrait de l’argent sur le budget du film, et le projet pourrait s’écrouler. C’est le genre de bourrage de crâne que font les producteurs au moment de la négociation.

Est-ce la guerre entre réalisateurs et producteurs?

Disons qu’il y a un vrai rapport de force en notre défaveur. Parfois, on a l’impression que la lutte des classes n’est pas terminée. En fait, les producteurs ne salarient souvent le réalisateur que pendant le tournage. Pour les autres phases du film, comme la préparation ou la post-production, les producteurs écrivent dans le contrat que le réalisateur «supervise» ou «participe» au lieu de «diriger» ces étapes. Ce n’est pas une bataille de synonymes mais une façon de ne pas avoir à le salarier pendant ces phases-là alors qu’il doit être présent en permanence et répondre à des questions toutes les cinq minutes. Par ailleurs, quand ça commence à bien aller pour un réalisateur, il devient producteur, comme Claude Berri, pour justement ne plus avoir à gérer ce rapport de force.

Les réalisateurs sont quand même payés en droits d’auteur, non?

Oui, mais c’est justement pervers. Le réalisateur perçoit systématiquement ce que l’on appelle «un minimum garanti», c’est-à-dire une avance sur les futures recettes du film. Or il choisit s’il veut être payé en droits d’auteur ou en salaires. En droits d’auteurs, il touche davantage car les producteurs n’ont pas de charges patronales à prélever dessus, mais du coup, il n’a pas la retraite que permet un salaire.

Pourrait-il y avoir une grève des réalisateurs?

Je ne pense pas. Car le réalisateur vit seul et quand il tourne son film, il ne peut guère faire grève. C’est la différence avec le corps des techniciens qui ont des moyens de pression beaucoup plus forts puisque, collectivement, ils peuvent empêcher un tournage en faisant la grève.

Source : www.20minutes.fr – Alice Antheaume

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