Arnaud Desplechin: “Un conte de Noël” est une “terrible histoire de famille”

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Q : Pourquoi avoir intitulé “conte” le récit de déchirements familiaux qui n’ont rien de féérique ?

R : Moi je trouve ce film très féérique ! Il se passe à Noël, dans une famille dont les membres sont très bizarres, plus grands que la vie. C’est une terrible histoire de famille, un conte dont on ignore la morale. Et puis à l’intérieur du film, il y a une petite pièce de théâtre étrange montée par les enfants Basile et Baptiste, dont je suis très fier, qui nous a tous sidérés quand ils l’ont jouée sur le plateau. A l’écriture, avec Emmanuel on était persuadés que c’était un +Conte d’hiver+, mais nous nous étions trompés, c’est plutôt le +Conte d’une nuit d’été+.

Q : Comment avez-vous construit le film avec votre co-scénariste Emmanuel Bourdieu ?

R : Il est arrivé avec le livre de Jacques Ascher “La greffe”, sur lequel nous avons travaillé. Nous avons beaucoup écrit ensemble dans le temps qu’Emmanuel a pu m’offrir, car il réalise ses films maintenant. A chaque fois que nous parlions d’une scène, j’improvisais, je jouais le personnage devant lui et il prenait des notes. S’il rigolait ou s’il était scandalisé, ça voulait dire que ça fonctionnait : on gardait. Après, on a pris toutes les répliques et on a tout recommencé avec les acteurs ! Pareil au montage, avec Laurence Briaud on a monté le film dans tous les sens possibles. J’ai été très impressionné par +Les infiltrés+ de Scorsese, sa monteuse Thelma Schoonmaker est un génie ! Quand on a enfin fini le montage de +Conte de Noël+, qui a pris un an, on avait l’impression d’être des héros, mais on l’a montré à certains acteurs qui nous ont dit +Ah ouais… vous avez à peu près tout mis dans l’ordre !+

Q : Vous vous inspirez de la psychanalyse, qui éclaire la trajectoire de vos personnages ?

R : C’est un mot qui me fait peur, moi qui n’ai pas fait d’études. Mais j’ai beaucoup lu de livres de psychanalyse, j’y ai tout appris, j’en ai tiré une technique d’interprétation des textes. Quand vous +dirigez+ des acteurs, ce qui ne veut pas dire grand-chose, vous leur proposez des interprétations différentes, plusieurs couches de lecture d’une même phrase. Cela permet d’ajouter une autre couleur : une phrase peut avoir diverses facettes, et un geste, une intonation différente amènent quelque chose de nouveau auquel on n’avait pas pensé.

Source : tv5

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