Diversité du cinéma

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…pour cette oeuvre intimiste et lyrique, portée par Marina Hands, qui a reçu le prix de la meilleure actrice. Trois autres Césars ont récompensé ce film : celui du meilleur costume, celui de la meilleure photo et celui de la meilleure adaptation – en l’occurrence une version méconnue du roman de D. H. Lawrence. Sa réalisatrice, Pascale Ferran, aurait tout lieu d’être satisfaite. Or elle ne l’est pas. Le texte qu’elle a lu samedi soir sur la scène du Théâtre du Châtelet, et que nous reproduisons page 19, se veut au contraire un cri d’alarme sur l’état du cinéma français.

En apparence, avec 190 films produits en 2006 et 45 % du marché, soit un jeu égal avec le cinéma hollywoodien, ce cinéma-là se porte bien. Bien mieux que celui des autres pays européens, par exemple. Dans les faits, un mal profond le ronge. Car ce succès est surtout le fait de films dits commerciaux – comédies, policiers, dessins animés. En revanche, la fréquentation pour les films dits « art et essai » s’est effondrée en 2006.

Les conditions dans lesquelles Lady Chatterley a vu le jour disent aussi les difficultés de survie du cinéma d’auteur. Ce film n’aurait pas existé sans l’avance sur recette ni l’implication de l’unité de fiction d’Arte, qui n’est pourtant censée produire que des téléfilms. Et il n’a pas reçu un centime du principal financier du cinéma français, qui avait pourtant vocation à l’aider : les chaînes de télévision.

Ce financement boiteux de Lady Chatterley montre où s’arrête l’audace desdites chaînes. Ces dernières n’acceptent plus que les acteurs soient inconnus, que la durée soit supérieure à la normale et que le scénario soit non conforme aux recettes attendues. Lady Chatterley a beau tirer son épingle du jeu, ce film est l’exception qui confirme la règle. Pour un tel succès, combien d’oeuvres estimables ne verront jamais le jour, victimes du sous-financement chronique du cinéma d’auteur ?

Le mal progresse. Il s’attaque à la biodiversité du cinéma français et donc à son avenir à plus ou moins long terme. Seuls quelques films à gros budget surnagent (Les Bronzés 3, Taxi 4, Arthur et les Minimoys, etc.), tandis que la plupart des autres sont voués à l’inexistence. L’écosystème du cinéma français permettait depuis un demi-siècle à tous les films de coexister, et par conséquent au public de pouvoir les apprécier à parts plus ou moins égales. Il est aujourd’hui en voie de désagrégation sous les coups de boutoir de la loi du marché. L’adresse de Pascale Ferran aux politiques n’a d’autre but que de les sensibiliser à cette inquiétante évolution, et de les rappeler à une mission qui a de longue date contribué au rayonnement culturel et artistique de la France dans le monde : faire que tous les films puissent naître libres et égaux en droit.

Source : LIBERATION / Edito de l’édition du 27/02/2007

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