ODETTE TOULEMONDE de Eric-Emmanuel Schmitt

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Synopsis

Odette Toulemonde n’a objectivement rien pour être heureuse mais l’est. Balthazar Balsan a tout pour être heureux mais ne l’est pas.

Odette, la quarantaine maladroite, entre un fils coiffeur savoureux, une fille engluée dans sa puberté, travaille le jour au rayon cosmétiques d’un grand magasin et coud le soir des plumes sur des costumes de revues parisiennes. Elle rêve de remercier Balthazar Balsan, son auteur préféré, à qui – pense-t-elle- elle doit son optimisme.
L’écrivain parisien, riche et séducteur, va débarquer dans sa vie de façon inattendue. Récit de la rencontre comique et fantasque de deux naufragés atypiques que tout sépare…

Secrets de tournage

Schmitt, la rencontre de la littérature et du cinéma

Odette Toulemonde est le premier long métrage réalisé par Eric-Emmanuel Schmitt, auteur français né en 1960, connu surtout pour ses pièces de théâtre. Révélé par la pièce La Nuit de Valognes en 1991, il connaît un grand succès en 1993 avec Le Visiteur, ou la rencontre de Freud avec Dieu. Le thème de la rencontre est d’ailleurs au coeur de l’oeuvre de l’écrivain, qui aime aussi s’inspirer de la vie de personnages célèbres. Dès lors, les stars de cinéma se succèdent sur les planches pour dire ses mots : Alain Delon (Variations énigmatiques), Jean-Paul Belmondo (Frédérick ou le Boulevard du crime, autour du personnage interprété par Pierre Brasseur dans Les Enfants du paradis), Danielle Darrieux (Oscar et la dame rose) ou encore le tandem Charlotte Rampling/Bernard Giraudeau (Petits crimes conjugaux). Deux de ses pièces ont déjà fait l’objet d’adaptations cinématographiques : Le Libertin, un film signé Gabriel Aghion et Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, réalisé par François Dupeyron. Par ailleurs, Schmitt a travaillé comme scénariste, souvent pour des téléfilms inspirés de chefs-d’oeuvre de la littérature ou du cinéma : Senso, Les Liaisons dangereuses, Milady.

Dans la tête d’Odette

Catherine Frot brosse le portrait de son personnage : “C’est une madame Toulemonde qui ne ressemble à personne. Elle est un personnage altruiste, généreux, qui souffre pour les autres. Elle fait partie de ces personnes qu’on a tendance à mépriser. Pour moi, Odette est de la famille de Yoyo dans Un air de famille et de Louise dans Les Soeurs fâchées. En même temps, elle me fait aussi penser aux héroïnes des films de Pagnol qui avaient aussi cette candeur.”

Entretien avec Carlo Varini (Directeur de la photographie) à propos d’Odette Toulemonde par Lucie Adalid
(étudiante de La fémis, 17e promotion image, 2006)

Lucie Adalid : Quelles ont été tes impressions lors de ta première lecture du
scénario ?

Carlo Varini : Je savais que Eric-Emmanuel Schmitt était un grand écrivain
mais je n’avais pas encore lu grand chose de lui.
J’ai été séduit par la lisibilité de l’histoire. J’ai tout de suite eu très envie de
connaître ses intentions pour mettre des images sur ce scénario.
Pourtant le film est très construit, il y a beaucoup de petits rôles qui semblent
très écrits.
Au premier abord c’est d’une grande simplicité, ce n’est qu’en creusant que
l’on s’aperçoit que c’est volontairement beaucoup plus complexe qu’il ne
paraît.

Comment se sont prises les décisions au niveau technique ?

Pendant la lecture du scénario avec tous les chefs de poste, EES nous a exposé
ses envies visuelles et personnelles.
Par exemple il avait écrit que cette femme volait lorsqu’elle était heureuse, il
fallait donc le faire, dans la grâce, comme une chose naturelle.
Ces envies étaient si simples, que nous avons décidé de faire les trucages plutôt
à la Méliès qu’en numérique.
C’est à ce moment-là que nous avons décidé comment Odette allait voler, à
quelle vitesse, quelle hauteur, quelle devait être l’impression produite sur le
spectateur.

C’est aussi à ce moment que vous avez trouvé les solutions pour le poster
la chambre d’Odette ?
Oui, de la même manière, nous avons trouvé une solution artisanale. Un petit
cyclo avec la photo de l’horizon marin imprimé sur un support suffisamment
translucide pour permettre l’effet soleil qui se couche en transparence. En
calculant tous les paramètres de taills et d’objectif, nous ne pouvions avoir des
silhouettes plus grandes que 1,55 m ! Puis on a collé la photo des silhouettes
devant le cyclo, sur la feuille que l’on pouvait enlever ou poser, selon les
nécessité des plans, très facilement grâce à un système de guillotine.

Comment s’est passé ton travail avec la déco (François Chauvaud)?

Nous avons dû collaborer très étroitement. D’un côté nous faisions le
découpage, de l’autre il dessinait et commençait à construire.
Par exemple, la scène où Odette écrit sa lettre ; lorsque nous avons décidé du
travelling circulaire, en calculant la distance minimum et l’encombrement de la
caméra nous nous sommes aperçus que le décor était encore trop étroit de
20cm et qu’il faudrait sans doute enlever des feuilles au fur et à mesure du plan.
François a donc dû faire évoluer son projet en fonction du découpage.

Vous enleviez les feuilles par le haut ?

Oui, car chaque élément était si imbriqué dans les autres qu’un déplacement
classique aurait été très compliqué. François avait installé un système de
poulies très pratique et rapide.
Et finalement c’est ce travelling circulaire, qui a défini les dimensions du studio
puisque nous voulions donner l’impression d’être très à l’étroit mais nous
savions qu’il ne pourrait pas être plus petit.

Vous avez donc réussi à faire un découpage en amont et à vous y tenir ?

Nous nous y sommes tenus globalement. Ce découpage était surtout
l’occasion d’une réflexion. Ce n’était pas la bible, au contraire, sur le plateau
nous avons fait autre chose chaque fois que l’on pensait pouvoir aller plus loin.

Ce n’était pas un problème pour EES de réfléchir à un découpage sur le
scénario, sans comédien ni espace ?

Non. En fait, j’ai fait beaucoup de premiers films, plus d’une dizaine, je crois. Je
les ai acceptés à condition que l’on puisse les découper à l’avance. C’est une
assurance pour moi et pour la production. De plus, je pense que sur le tournage,
le metteur en scène doit se vouer aux comédiens, puisque ce sont eux que
l’on verra principalement à l’écran. Il me semble essentiel qu’auparavant il
se soit déchargé, autant que possible, de tout problème technique.

Comment se sont passées les séquences d’envol d’Odette, cela ne devait pas
être simple pour Catherine Frot de jouer un bonheur tel qu’elle vole alors…

… Qu’elle est à vingt mètres du sol et qu’elle a un peu peur. Oui c’est sûr, mais
nous avons travaillé avec Yves Barta qui tenait à ce que Catherine Frot soit à
l’aise. Avant le tournage, il lui a demandé de venir dans son atelier à plusieurs
reprises, afin qu’elle prenne confiance. C’était très intéressant de collaborer
avec lui car, comme il vient de la magie, il cherchait à faire des trucages presque
invisibles à l’oeil nu.

Comment avez-vous imaginé le plan où Balthazar est dans sa voiture et
Odette dans sa chambre ?

On aurait pu faire un split screen normal, mais on avait peur que ce soit trop
” effet numérique ” par rapport aux autres trucages. Or on venait de décider du
travelling vertical allant de chambre en chambre, on s’est dit que puisqu’on
avait la grue on pouvait le faire dans le studio. Ça a donc été le dernier plan
tourné en studio, après avoir repeint la chambre de Sue Helen en noir, on a
borniolé le sol et rentré la voiture.

Combien de temps de tournage pour un plan comme celui du bus par exemple ?

Très peu finalement, mais beaucoup de préparation par contre. Je me souviens
de cette journée parce qu’elle était particulièrement chargée, avec deux
différentes équipes de prélight. Le même jour, nous avons tourné tous les
éléments de la scène de Jésus marchant sur l’eau, le plan du bus, et les plans où
Odette traverse le pont de nuit.

Pour le bus, il a fallu installer sur un côté, un rail de travelling avec 4 chariots
équipés de projecteurs différents et de l’autre côté il y avait une grande roue à
lumière avec 3 mandarines, sans compter le système d’élévation conçu
spécialement par Yves Barta.

Pour le plan du pont où il faisait nuit noire, j’ai fait poser 10 poteaux électriques
par la décoration, il y a un 18 kW sur nacelle…
C’était une journée un peu particulière, je me suis beaucoup amusé.

Justement, quelle a été votre chaîne de postproduction pour ce qui est de la
finalisation des trucages ?

Mikros s’est occupé de toute la partie numérique des trucages (effacer les fils,
le plan de fin etc.). Le négatif était développé chez Eclair et scanné chez Mikros,
ces derniers shootaient ensuite un internégatif truqué qui était développé chez
Arane. Le tout étant ensuite réintégré au montage chez Eclair. J’ai d’ailleurs eu
quelques problèmes d’augmentation de contraste sur certains plans dont je ne
connais toujours pas vraiment la cause.

J’ai l’impression qu’aujourd’hui on a beaucoup plus de surprise avec ce genre de
chaînes. Alors qu’il y a 15 ans en une ou deux semaines d’étalonnage, j’obtenais ce
que je voulais. Aujourd’hui pour le même résultat, il faut quelques mois.

Finalement les nouvelles techniques ne s’orientent pas forcément vers la rapidité.
Après coup as-tu des regrets sur les choix de certains trucages ?

Je regrette que le tournage en 3 perfos, malgré ses énormes avantages
(économie de pellicule, développement, bruit caméra…), ne nous ait pas
permis une seule projection de rushes correcte avant la fin du tournage. Je suis
convaincu que l’on aurait pu aller plus loin dans la lumière si j’avais pu montrer
une vraie image à EES en cours de tournage.

De plus, il n’y a pas eu de retour film avant la copie finale, et nous avons eu
quelques surprises lorsque nous avons vu la première projection.

Aurais-tu aimé être aussi au cadre?

J’aime beaucoup faire les deux, mais cela dépend si le réalisateur préfère avoir
un ou deux interlocuteurs. Sur ce film, cela aurait été très fatigant, car il y avait
autant de travail au cadre qu’à la lumière. De plus j’ai beaucoup aimé travailler
avec Chris Renson, qui a fait de très belles choses. Par ailleurs, j’ai cadré la
deuxième caméra.

Je vois que tu as essayé beaucoup de pellicules…

Oui pour le grand magasin. J’ai choisi la pellicule qui me plaisait le plus
lorsqu’il y avait, simultanément, plusieurs sources de lumières (sodium,
fluorescentes, etc.). Je voulais jouer avec les différences de couleur; que ce ne
soit pas trop plat, que ça puisse être un peu plus vert à certains endroits. Le plus
important étant la peau de Catherine Frot, qu’elle n’ait pas l’air d’un ovni au
milieu d’un décor tout vert.

Je trouve que la façon d’éclairer les deux acteurs principaux est très juste, ni
trop plate ni trop dure, quelles étaient tes idées sur ce sujet ?

Lui devait être le ” Parisien ” normal et elle l’” ouvrière ” ordinaire. Il fallait que
l’on croit à leur histoire et qu’on les aime sans les éclairer comme des stars.
Avec le recul, quelles conclusions tires-tu de cette expérience ?
Ça a été un grand plaisir, je n’imaginais pas, en le rencontrant, pouvoir aller
aussi loin dans la fantaisie d’Eric Emmanuel Schmitt.

Source : Newsletter n° 162 de l’AFC

Liste artistique

Odette Toulemonde……………………………Catherine Frot

Balthazar Balsan…………………………….Albert Dupontel

Olaf Pims………………………………Jacques Weber

Rudy………………………………………..Fabrice Murgia

Sue Helen…………………………………….Nina Drecq

Nadine……………………………………………Camille Japy

Editeur………………………………………….Alain Doutey

François…………………………………………Julien Frison

Isabelle……………………………………….Laurence d’Amelio

Florence…………………………………………..Aïssatou Diop

Mr Dargent……………………………………..Philippe Gouders

Polo………………………………………………..Nicolas Buysse

Jésus…………………………………………….Bruno Metzger

La dame du bus………………………………….Jacqueline Bir

Liste technique

Réalisation……………………………….Eric-Emmanuel Schmitt

Scénario…………………………………Eric-Emmanuel Schmitt

Directeur de la photographie…………………Carlo Varini

Décors………………………………..François Chauvaud

Costumes……………………………………Corrine Jorry

Son………………………………….Philippe Vandendriessche

Montage…………………………………..Philippe Bourgueil

Musique originale……………………………Nicola Piovani

Directeur artistique……………………………Bruno Metzger

Directeur de production………………………..Philippe Saal

Produit par………………………..Gaspard de Chavagnac

Coproduit par…………………..Romain Le Grand et Anne-Dominique Toussaint

Une coproduction :

Bel Ombre Films – Antigone Cinéma – Pathé Renn Production – TF1 Films Production

Les Films de l’Etang – RTBF (télévision Belge) – produit avec l’aide du Centre du Cinéma

et de Audiovisuel de la Communauté Française de Belgique et des télédistributeurs wallons

et avec la participation de la région wallonne

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