“Indigènes” est-il français ou algérien ?

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CE N’EST PAS l’un des moindres paradoxes de l’exception culturelle française : juridiquement, un film n’a pas de nationalité propre, mais celle de son réalisateur peut lui servir en quelque sorte de passeport. Ainsi, Indigènes, le film de Rachid Bouchareb qui a suscité un large débat en France sur le sort des soldats d’Afrique et d’outre-mer, représentera l’Algérie dans la catégorie « film étranger » aux prochains Oscars qui auront lieu le 25 février à Los Angeles. Et il y a de fortes chances qu’il soit sélectionné, ce vendredi, aux Césars comme film français.

Pourquoi ? Tout simplement parce que son réalisateur possède la double nationalité et qu’il a choisi, par ce geste à la fois symbolique et politique, de porter le drapeau algérien à Hollywood face à quatre autres longs-métrages étrangers dont un favori, le remarquable film allemand La Vie des autres sur les méfaits de la Stasi en ex-Allemagne de l’Est.

Autre question : comment ce film, présenté comme une coproduction franco-maroco-algéro-belge au dernier Festival de Cannes qui lui a accordé un prix d’interprétation collectif, peut-il représenter un pays qui n’a qu’une faible participation dans le montage financier de l’oeuvre ? En effet, la France, via ses chaînes de télévision publique France 2 et France 3 auxquelles il faut ajouter Canal +, ont participé à hauteur de 90 % dans les 14,4 millions d’euros de budget. À cet apport massif renforcé par l’agrément du Centre national du cinéma (lire ci-dessous), il faut ajouter quelque 650 000 € d’avances sur recettes (le plafond maximal), 150 000 € d’aides pour les effets spéciaux, plus les aides des Sofica (Sociétés pour le financement du cinéma et de l’audiovisuelle) et les divers crédits d’impôts. Les 10 % restants sont à partager avec l’Algérie et le Maroc pour la logistique lors du tournage, et quelques sociétés de production dont celle de Jamel Debbouze, Kiss Fims.

Solide financement

À moins de considérer que l’Algérie est encore un département français, la question se pose de savoir ce que signifie l’identité nationale d’un film à partir du moment où il peut changer de drapeau suivant les modalités d’un festival aussi prestigieux que Cannes ou les impératifs du règlement des Oscars, qui stipule qu’un « film étranger » doit obligatoirement avoir une nationalité. En accordant son agrément au film, le CNC a donc permis à Indigènes, tourné en français et en arabe, de bénéficier de toutes les aides publiques nationales et régionales (les Régions Île-de-France, Aquitaine, Franche-Comté, Alsace, Provence-AlpesCôte-d’Azur), de s’assurer un solide financement qui a abouti à un joli succès auprès du public (3 162 759 entrées à ce jour). Ce dont le CNC, qui soutient de nombreux films dans le monde, est légitimement fier, même s’il peut paraître saugrenu qu’un film dont la fiche technique stipule la France comme pays d’origine devienne algérien chez nos amis Américains. Ils pourraient ainsi nous rappeler avec un rien de perfidie notre dette coloniale…

Pour l’anecdote, il y a à peine deux ans, Un long dimanche de fiançailles, de Jean-Pierre Jeunet, film à gros budget a priori à cent pour cent français, n’avait pu bénéficier – suite à une plainte de producteurs indépendants et à une décision de justice – du compte de soutien sous le prétexte que la société de production « 2003 » était une extension de la Warner américaine. Ce fait n’avait pas manqué de lancer une vaste polémique sur la définition d’un « film français » qui, comme on le voit, est extensible. Si Indigènes décroche l’Oscar, la France pourra se contenter de l’avoir par procuration.

par Jean-Luc WACHTHAUSEN pour L’Express – 25 janvier 2007

Quatre conditions pour une subvention

1. Le film doit être produit par une entreprise établie en France, elle-même dirigée et contrôlée par des ressortissants français ou européens.

2. Le film doit être réalisé avec le concours de studios et de laboratoires établis sur le territoire français ou dans un État européen.

3. Le film doit obtenir 14 points sur 18 au barème des points européens. Ces points sont attribués en fonction de l’origine française ou européenne des auteurs et réalisateurs (6 points), des comédiens (6 points), des collaborateurs de création (4 points) et des industries techniques (2 points).

4. Dernière condition liée au barème du soutien financier. Les 100 points de celui-ci sont attribués en fonction de la nationalité des intervenants (interprètes : 20 points, techniciens et ouvriers : 20 points, auteurs : 10 points), de la langue de tournage (20 points), du pays d’établissement des entreprises de production (10 points) et de postproduction (10 points), ainsi que des lieux et matériels de tournage (10 points). Le film doit obtenir 25 points, hors langue de tournage. Après avoir rempli ces quatre conditions, le film bénéficie du soutien financier. Le montant de l’aide est calculé au prorata du nombre de points obtenus au barème du soutien financier.

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