TRUANDS de Frédéric Schoendoerffer

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Synopsis

Paris, 2005, grand banditisme. Claude Corti, 50 ans, est l’un des rares hommes de pouvoir du métier. Proxénétisme, trafic de stupéfiants, faux billets, racket, braquages, il sait tout ce qui se passe dans sa zone d’influence et prend une commission sur tout. Il déteste qu’on l’oublie et n’hésite pas à le montrer. Aucun scrupule, aucune morale, jamais de pardon. Il est paranoïaque et violent, ça lui permet de survivre.

Franck, 30 ans, tueur professionnel. Il est proche de Corti mais tient à son indépendance. Intelligent, efficace, Claude a confiance en lui.

Hitcham et Larbi, petite entreprise florissante du secteur. Corti ne les aime pas, il les utilise. Très bons professionnels, organisés, violents, ambitieux. Tout va bien dans le pire des mondes, quelques accrocs et cadavres de temps en temps, beaucoup de bénéfice. Jusqu’au premier grain de sable…

© Mars Distribution

Entretien avec Philippe Caubère

Caubère en parrain de la pègre. L’enfant du soleil dans un monde aussi noir, c’est plutôt inattendu !

En plus, c’est un vrai parrain, un méchant ! Je ne pouvais pas refuser une telle proposition. J’en avais même une envie féroce. Tous les comédiens veulent jouer un vrai bandit. Ma génération s’est régalée aux films de Coppola, Lumet, Pollack, De Palma… Le Parrain, Serpico, Un Après-midi De Chien, Scarface… Je rêvais de ce genre de cinéma intelligent et où l’on peut se lâcher complètement, mais les Américains en avaient le monopole. En voyant Scenes De Crimes, j’ai été frappé par la maîtrise et la singularité du travail de Frédéric Schoendoerffer, et impressionné aussi par la façon dont il a dirigé Monica Bellucci dans Agents Secrets. Dès notre première rencontre, on était branchés sur la même longueur d’onde. Frédéric m’a dit, «je vous préviens, c’est un film violent», je lui ai répondu, «j’espère bien !» Il m’a parlé du personnage, j’ai dit formidable, génial, mais il faut que le rôle soit important parce que là, je tente un vrai pari par rapport à mon travail au théâtre qui est vraiment ma raison de vivre. Je suis prêt à y aller à fond, mais il faut que ça vaille le coup.

Corti, comment le voyez-vous ?

Corti c’est moi ! Depuis des années dans mes spectacles, je joue les autres, je joue Ariane Mnouchkine, je joue Claudine, je joue ma mère. Je fuis le «moi» tant que je peux. Là, je suis beaucoup plus proche d’une intimité personnelle. À la lecture du scénario, j’ai vu des correspondances avec ce que j’aurai pu être, dans un autre temps, dans d’autres circonstances… Je ne dis pas que j’aurai pu virer voyou car eux, ils aiment la mort et moi je la déteste. Et puis je suis d’un milieu bourgeois et pas vraiment taillé pour la bagarre. Mais pour la violence, oui. Pour monter mes spectacles, je ne peux pas mener des équipes sans que parfois, il y ait des cris. Jamais de bagarres, j’ai horreur de ça. Je veux simplement les réveiller parce que j’ai peur, je suis le seul à voir si l’on va dans le mur… Alors Corti peut s’énerver, lui qui veut régner, a fortiori sur une bande de voyous qui n’ont pas froid aux yeux ! C’est un homme de pouvoir, le pouvoir à l’état brut. Dans ce personnage, j’ai aussi vu une dimension shakespearienne de férocité, de cruauté. Corti, c’est un Richard III moderne. Et le boulot d’un acteur, c’est d’aller chercher au fond de lui son Richard III. Les truands, c’est nous. C’est ce qui m’a plu dans ce fi lm. On a tous une part d’ombre. On est tous capables de cruauté. Mais c’est grâce à cette violence, aussi, qu’on fait quelque chose dans la vie. Qu’on n’est pas mort et qu’on résiste.

Corti a un comportement brutal, et à la fois, il a encore un certain sens des règles.

Oui, c’est curieux, il massacre un mec en lui disant, «pas de came chez moi», alors que sa femme Béatrice se défonce comme une folle ! Et au boxeur exploité par son manager il dit, «défends-toi, il y a encore des lois dans ce pays» ! Je trouvais intéressant que ce truand ne soit pas un Don Corleone retiré des affaires, un peu paternaliste, mais un caïd qui a les bras dans le cambouis. Je pensais qu’on pouvait presque, c’est affreux à dire… le rendre attachant par ce côté-là.

Comment souhaitiez-vous approcher ce personnage ?

J’ai un peu traîné avec un flic de la police criminelle, conseiller sur le film. Il m’a emmené, avec toute son équipe, à Pigalle dîner chez des truands et dans des boîtes de nuit voir les filles. Il m’a raconté, comme on le voit dans le film, qu’après un casse les truands font des fêtes d’enfer pendant quatre jours dans un palace avec des putes, de la cocaïne… Ces types se comportent souvent comme des gamins, c’est d’ailleurs à cause de ça qu’ils se font piquer la plupart de temps. Ce côté adolescent attardé m’a beaucoup intéressé. Je l’ai interrogé sur les gros caïds qu’il avait connus. Il m’a parlé d’un chef de gang qui régnait à force de cruauté. Je voulais
comprendre ce qui motivait ce type à prendre de tels risques. En fait, ce voyou usait de son pouvoir pour se taper des filles, il avait quatre femmes et les plus belles putains de Paris ! Cela m’a éclairé pour Corti. Dans une des premières moutures du scénario, on ne savait pas très bien où il en était sexuellement. J’ai même pensé qu’il pouvait y avoir une sorte de sentiment amoureux entre Corti et Franck, ils se seraient connus en prison, etc… «Mais pas du tout», m’a dit Frédéric. Alors, je lui ai demandé une vraie scène de sexe. Il m’a répondu, «ne vous inquiétez pas, on va vous tailler le costard à votre mesure.»

© Mars Distribution

Aucune appréhension à tourner des scènes de sexe aussi réalistes ?

J’ai toujours rêvé de faire ce genre de scènes ! Ça ne veut pas dire que ce soit simple. Pour la séquence dans les toilettes de la boîte de nuit, j’ai tenu d’abord à rencontrer Oksana, la star du X qui allait jouer avec moi. On a longtemps discuté et j’ai découvert une fille formidable, extrêmement intelligente, sensible. Je lui ai dit, «je n’ai jamais fait ça de ma vie, qu’est-ce que je peux faire ?». Elle m’a répondu placidement, «tout ce que vous voulez». Finalement, je me suis jeté dans cette scène comme sur un toboggan, j’y suis allé à fond, dans les coups, dans la rage… Au bout d’un moment, j’étais bouleversé, je suis tombé à moitié dans les pommes. Après la prise, Oksana m’a dit, «au fond, je crois que c’est plus facile de montrer son sexe que de montrer ses sentiments.» Je lui ai dit: «ma chérie, tu as tout compris !»

Vous n’hésitez pas non plus à aller à fond dans la sauvagerie de Corti.

À la lecture du scénario, la scène de torture à la chignole était assez zappée. J’ai dit à Frédéric qu’il fallait une vraie scène de violence pour que l’on comprenne pourquoi tout le monde avait peur de Corti. Ils ont réécrit, et j’ai vu ! J’aimais l’idée que ce film soit réaliste, y compris dans la violence. Les pièces de Shakespeare osent montrer des êtres dont la férocité va jusqu’au bout. Titus Andronicus se coupe les bras, les jambes, le nez… La violence, c’est vieux comme le monde, mais aujourd’hui, le ressort le plus fort, c’est le fric. Et j’avais une confiance totale en Frédéric. J’ai vu tout de suite quelqu’un de pur qui n’allait pas déverser de la violence sur les écrans de façon obscène ou racoleuse avec des effets de caméra. Sa mise en scène froide, classique, tragique et calme me fait penser aux films de Melville. Le cinéma de Schoendoerffer, c’est la version moderne de la grande époque du cinéma policier français.

Parlez-nous de vos rapports avec vos partenaires.

J’avais un peu d’appréhension parce que ce sont des stars, et je ne fréquente pas les célébrités. Aux essais, ça a tout de suite biché avec Béatrice Dalle. Je lui ai dit, «comment peut-on être amoureuse d’une ordure comme Corti ?» Elle m’a répondu, «oh ! moi, je comprends…» On s’est entendu merveilleusement avec Béatrice, c’était vraiment comme une frangine. Benoît Magimel était plus réservé. Plus tard en visionnant le film, j’ai compris pourquoi il a gardé cette distance. Magimel m’a donné une leçon, en fait il était constamment dans son personnage, même en dehors des prises. Et quand j’ai vu le résultat, j’ai compris qu’il faisait son métier. Il est formidable. J’ai beaucoup d’admiration pour les acteurs de cinéma. Au théâtre, on peut facilement tricher pour mettre le public dans sa poche. Au cinéma, la caméra est comme une loupe. Et le public ne fait pas de cadeau.

Content de ce retour à l’écran ?

Oh oui ! Je suis vraiment enchanté. Et je serais comblé si les salles sont pleines, car un film comme ça, c’est la fête foraine !

Casting

Franck : Benoît Magimel

Corti : Philippe Caubère

Béatrice : Béatrice Dalle

Jean-Guy : Olivier Marchal

Hicham : Mehdi Nebbou

Larbi : Tomer Sisley

Ricky : Ludovic Schoendoerffer

Laure : Anne Marivin

Mourad : Alain Figlarz

Simon : Cyril Lecomte

Ramun : André Peron

Johnny : Ichem Saibi

Marco : Christophe Maratier

Jacky : Nicky Marbot

Le chauffeur : Oliver Barthelemy

Fiche Technique

Réalisation : Frédéric Schoendoerffer

Scénario original : Frédéric Schoendoerffer et Yann Brion

Musique originale : Bruno Coulais

Chanson du générique de fin interprétée par Marianne Faithfull

Directeur de la photographie : Jean-pierre Sauvaire AFC

Chef décorateur : Jean-marc Kerdelhue

1er assistant réalisation : Ivan Fegyveres

Chef costumière : Nathalie Raoul

Chef maquilleuse : Cécile Pellerin

Chef coiffeur : Pierre Chavialle

Chef opérateur son : Philippe Lecocq

Directrice de production : Nora Salhi

Régisseur général : Henry Le Turc

Effets spéciaux mécaniques : Les Versaillais

Photographe de plateau : Eric Caro

Monteuse image : Irène Blecua

Monteur son : Laurent Quaglio

Mixeur : Jean-pierre Laforce

Bruiteur : Eric Grattepain

Directrice de post-production : Christina Crassaris

Effets spéciaux numériques : Mac Guff

Produit par Eric Névé

Une coproduction Carcharodon – La Chauve-Souris – StudioCanal

En association avec les Sofi cas Cofi nova 2 et Valor 7

Avec la participation de Canal+ et Cinecinema

Ventes internationales TF1 International

Distributeur : Studio Canal

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