« Hors de prix » : l’entreprise de plumage de riches du couple Audrey Tautou-Gad Elmaleh

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La prostitution peut-elle être un sport ludique ? Telle est la stimulante question soulevée par la nouvelle comédie de Pierre Savadori – et qui ne lui sert qu’un temps, malheureusement, d’hypothèse.

Le film démarre par une scène semblant tout droit sortie d’une comédie hollywoodienne contemporaine : vêtu d’un uniforme de larbin d’hôtel de luxe, Gad Elmaleh (Jean) promène maladroitement une dizaine de chiens dans les rues d’une station balnéaire huppée. Le soir, au bar du même hôtel, à la faveur d’un quiproquo, il se laisse séduire par une jeune cliente de l’hôtel répondant au nom d’Irène (Audrey Tautou). Le petit jeu de rôle se répète jusqu’à ce que la jeune femme, confondue par son vieil amant milliardaire, se retrouve à la rue et se rabatte aussitôt, avec l’intention de s’installer chez lui, sur sa toute fraîche conquête.

Les masques tombent bientôt : Jean n’est pas le jeune homme séduisant et richissime qu’elle imaginait, seulement un employé sans envergure, mais suffisamment malin pour lui faire croire autre chose. Irène quant à elle n’est pas née une cuiller en argent dans la bouche. Cachant son accent gouailleur sous un vernis jet-set à peine moins vulgaire, elle chasse le vieux pigeon à travers le monde pour s’offrir à peu de frais un train de vie de princesse. Et pour cela, elle est prête à tout.

Le film raconte ensuite la manière dont Jean, tombé fou amoureux d’Irène, essaye de la reconquérir et comment Irène, excédée, le rejette violemment non sans l’avoir méthodiquement plumé. Avant de l’initier enfin aux joies de son métier de poule de luxe. « Prends, prends, prends ! Tout ce que tu peux ! Le plus vite possible ! », lui dit-elle en substance, après lui avoir transmis quelques « trucs » de séduction infaillibles.

UN REGARD MORALISATEUR

Contrairement à ce que son air bêta laissait croire, l’élève se révèle vite plus doué que la maîtresse et s’attire sans attendre les largesses d’une veuve pleine aux as.

Bien décidés à s’enrichir, vite, sans effort, et sans état d’âme, Jean et Irène sont des héros de leur temps. Leur petite entreprise de plumage de vieux riches aurait pu inspirer un film joyeux, pétillant comme du champagne – comme l’ont fait il y a soixante-quinze ans deux de leurs ancêtres dans Haute pègre de Lubitsch. Au lieu de cela, Hors de prix est plombé par une sorte de malaise, comme si l’auteur se sentait tenu de porter sur ses personnages et leur situation un regard sans complaisance, voire moralisateur.

De-ci de-là, une scène rappelle que la prostitution porte quand même atteinte à la liberté. Une autre souligne que si Irène est fondamentalement aimable, elle doit en passer par des états franchement détestables pour parvenir à ses fins. Une troisième laisse entendre que si Jean excelle à ce jeu, c’est simplement parce qu’il est doué pour tout (il est « hors de prix ») : une fois sa belle conquise, il arrêtera illico. En résultent un manque de clarté dans le propos, un manque d’entrain dans la comédie – qui ne comporte finalement que deux scènes réellement drôles, deux monologues de Gad Elmaleh.

En un mot, une déception pour Jean et Irène, qui auraient mérité plus d’amour, de rythme et d’envie.

Film français de Pierre Salvadori avec Audrey Tautou, Gad Elmaleh, Marie-Christine Adam. (1 h 43)

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