François Berléand et Clovis Cornillac : Copains d’abord

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Avez-vous toujours autant travaillé?

Clovis Cornillac: Oui. Pourtant, gamin, je détestais ce métier. Je n’en voyais que le côté difficile. Sans doute parce que mes parents [l’actrice Myriam Boyer et le metteur en scène Roger Cornillac] n’étaient pas des vedettes, plus proches des 99% des intermittents du spectacle qui rament que des 1% dont François et moi faisons partie aujourd’hui. Mais j’ai toujours été bordé de nouilles, booké sur au moins trois ans.

Ce ne sont plus des intermittents, mais des stakhanovistes du spectacle. 146 rôles pour François Berléand, 52 ans, et 50 pour Clovis Cornillac, 36 ans. Rien qu’en 2004, on a vu le premier dans neuf films, dont Une vie à t’attendre, Le Convoyeur et Les Choristes; et le second dans cinq, dont Malabar Princess, Un long dimanche de fiançailles et Mensonges et trahisons et plus si affinités. Du coup, les voilà en lice pour le césar 2005 du meilleur second rôle (avec Jean-Paul Rouve, Maurice Garrel et André Dussollier).

Berléand l’a déjà obtenu en 2000, pour Ma petite entreprise; Cornillac, jamais. Cette confrontation pour le trophée ne les fâche pas plus que ça. Au contraire. Ils en rient comme deux potes qu’ils sont devenus en 1989, quand ils jouaient sur scène La Dame de chez Maxim. Depuis, de l’encre a coulé sur leurs noms, chouchous des médias à force d’une endurance professionnelle qui leur a apporté une inéluctable cote de popularité. Et un sens inné du dialogue.

François Berléand: Je n’ai pas galéré non plus. Le pire que j’ai connu, c’est neuf mois de chômage d’affilée. A mes débuts, j’appartenais à une troupe. On enchaînait quatre, cinq spectacles par an. Au cinéma, j’ai commencé par les flics et les militaires, l’emploi typique du troisième rôle. Un vrai bonheur, vu que j’ai été réformé.

C. C.: Moi aussi. Et là, je viens de passer quatre mois en uniforme pour Les Chevaliers du ciel. Sinon, j’ai à peu près tout joué. Et, si possible, toujours de bonne humeur. Un état d’esprit essentiel qui facilite considérablement le travail.

F. B.: Moi, si j’amuse tout le monde sur un plateau, c’est à cause de ma parano. J’ai besoin de sentir que je suis accepté par l’équipe. Quand je suis arrivé sur Les Choristes, par exemple, ils avaient déjà un jour de retard, on était en pleine canicule, c’était la merde noire. J’ai décidé que je déconnerais encore plus que d’habitude, histoire de détendre l’atmosphère. De toute façon, on me prend souvent pour ça, alors…

«Moi, j’ai une incapacité maladive à dire non. Je n’ai pas de plan de carrière» François Berléand

N’y a-t-il pas une sorte d’addiction à enchaîner rôle sur rôle?

C. C.: L’avantage d’un beau second rôle bien écrit, c’est de sentir qu’il se passe un truc quand il arrive à l’écran. Si on est dans le personnage, c’est très payant. N’empêche: maintenant qu’on me propose surtout des premiers rôles, j’ai tendance à refuser les seconds. J’en referai, mais il est naturel d’avoir envie de se frotter à ce qui fait le film.

F. B.: Moi, j’ai une incapacité maladive à dire non. Je vais juste arrêter avec les «participations», du type une journée de tournage. Sinon, je m’en fous, vu que je n’ai pas de plan de carrière.

C. C.: Les plans de carrière n’existent pas…

F. B.: Ah si! Je connais des comédiens qui en ont. Ou du moins qui croient en avoir. Combien de fois est-on venu me dire que je faisais trop de choses, que ça allait se retourner contre moi! Ces cinq dernières années, j’ai joué dans sept films comme tête d’affiche, alors je m’énerve quand un journaliste mal informé me demande si je n’en ai pas marre d’être un second rôle! Il y a pis: celui qui me dit que je suis le plus grand second rôle français. Alors qu’il ne dirait jamais à Auteuil ou Depardieu qu’il est le plus grand «premier rôle»!

C. C.: Je travaille beaucoup depuis vingt-deux ans. Et partout. La particularité du cinéma, c’est que les gens le remarquent davantage. Au théâtre, c’est pépère, on n’est pas médiatisé. J’ai des amis dans ce métier qui font un ou deux films par an, voire un tous les deux ans. Je n’irais jamais leur dire de tourner plus. A chacun son rythme.

F. B.: Il y a cinquante ans, les Julien Carette, Pierre Larquey et autres avaient une filmographie de 150, 200 films, et personne ne leur reprochait de trop bosser.

D’autant que, enchaîner les rôles, ce doit être bon pour le compte en banque, non?

F. B.: Quand je suis passé au théâtre privé, j’ai gagné cinq fois plus que dans le subventionné. Et d’environ 25 000 € d’impôts, je suis passé à 60 000! C’était la cata. Heureusement, les gens de cinéma voient pas mal de pièces. C’est là qu’ils m’ont repéré. Aujourd’hui, mon cachet standard, pour un rôle important comme celui des Choristes, à savoir vingt ou vingt-cinq jours de tournage, c’est 150 000 €. Si la production est plus modeste, le tarif varie, évidemment. Pour Mon idole, j’ai pris 50 000 €, alors que j’étais en tête d’affiche. Comme le film a marché, je me suis rattrapé sur la participation.

«Ce n’est pas moi qui, un jour, décide que je vaux tant de milliers d’euros» Clovis Cornillac

C. C.: Moi, je viens de m’apercevoir que je suis passé du statut d’acteur qui bosse bien à celui de bankable [comédien sur lequel un projet peut être monté financièrement]. D’abord, parce qu’on m’a associé au succès de Malabar Princess, dans lequel je n’ai pourtant pas un rôle important. Ensuite, parce qu’il y a eu Mensonges et trahisons… et Un long dimanche de fiançailles, qui ont bien fonctionné… Ce n’est pas moi qui, un jour, décide que je vaux tant de milliers d’euros. Ce sont les producteurs et autres décideurs qui discutent entre eux. C’est pourquoi je ne crois pas au plan de carrière. Tu choisis là où on te propose. Jusqu’au mois de septembre 2004, je recevais en moyenne deux scénarios par mois. Depuis, je suis passé à cinq par semaine! Mais attention! on m’envoie de tout. Si j’en avais écrit certains, je n’oserais même pas les montrer à ma douce.

F. B.: Moi, j’en reçois dix par mois. Plus les pièces. La sollicitation est telle que, finalement, je suis obligé d’apprendre à dire non.

Et une nomination aux césars ne doit pas calmer le flot…

F. B.: Celle que j’ai obtenue comme meilleur acteur [pour Mon idole, en 2003] m’a permis de décrocher un premier rôle. Je devais encore jouer un flic dans Pour le plaisir. Je préférais le personnage principal, un garagiste. On m’a répondu qu’ils pensaient à quelqu’un d’autre. Dix minutes après ma nomination, Michèle de Broca, la productrice, m’appelait pour me dire que j’avais le rôle. Et après, pendant un mois, j’étais le roi du pétrole. Comme il y avait une chance sur cinq que j’obtienne le césar, tout le monde était aux petits soins.

C. C.: La nomination qui rapporte le moins, c’est celle du meilleur espoir. En ce qui me concerne, en tout cas [il a été nommé pour Karnaval, en 1999]. Là, si je gagnais, je serais très content. Mais sinon, franchement, je ne serais pas déçu. Parce que tout va bien. Si ma carrière dépendait des récompenses, je serais sans doute plus tendu. Je veux bien ne jamais l’avoir et être nommé chaque année: ça prouvera que je bosse.

F. B.: J’ai voté pour toi. Au premier tour, du moins…

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