Palmarès L’Express – Les 30 qui font le cinéma français

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Le palmarès 2006, dressé après consultation d’investisseurs et d’acteurs divers et variés – au sens large du terme – est une synthèse des réussites artistiques et financière de chacun, entre Cannes 2005 et Cannes 2006. Il ne s’agit pas de citer les plus puissants, mais de saluer les plus entreprenants, ceux qui ont su le mieux tirer leur épingle d’un marché dont la fréquentation a baissé de 10,1% par rapport à 2004.

Aujourd’hui, il ne suffit pas d’être fort pour rapporter gros

Si le box-office est un indice essentiel, d’autres critères, comme l’opiniâtreté et la constance, déterminent les heureux élus. D’où l’unanimité sur Jacques Audiard. Il n’est pas, loin s’en faut, le réalisateur qui engrange le plus d’entrées, mais celui dont le parcours sans faute fédère producteurs et vedettes. A propos de ces dernières, on notera d’ailleurs que, contrairement au palmarès 2005, elles sont moins présentes aux premières places. On pensait que Gérard Jugnot et Jean Dujardin, auréolés l’un par le triomphe des Choristes, l’autre par celui de Brice de Nice, exploseraient le box-office avec Il ne faut jurer… de rien!, comédie dans laquelle ils jouent tous les deux. Résultat: 880 000 entrées. Moyen. On croyait également que Monica Bellucci assurerait une prodigieuse carrière, en France comme à l’étranger, à Combien tu m’aimes?, de Bertrand Blier. Eh bien, non. Ou pas grand-chose. De même pour Fabrice Luchini avec La cloche a sonné, Gérard Depardieu et Gad Elmaleh avec Olé!, Michaël Youn avec Incontrôlable… L’acteur «bancable» est devenu un leurre imposé par des chaînes télé en quête de premières parties de soirée clinquantes. Aujourd’hui, seul compte le film, dont la qualité ne dépend pas d’une quelconque alchimie, mais d’un équilibre cohérent entre sujet, budget, casting et distribution réussie. En la matière, Les Bronzés 3, amis pour la vie est un cas d’école marketing, Camping prouve qu’une mécanique discutable mais bien huilée aura toujours plus de poids qu’une presse désastreuse, et Je vous trouve très beau démontre qu’il ne suffit pas d’être fort pour rapporter gros. D’ailleurs, l’autre constatation de ce classement 2006 est l’attention particulière qu’a portée, avec succès, une maison comme Gaumont sur des projets risqués, consciente que les producteurs indépendants qui la talonnent ne manquent ni de flair ni de moyens.

Il convient de ne pas oublier les producteurs et investisseurs plus modestes, absents de ce «top 30», mais aussi actifs que ceux qui s’y trouvent. Une chaîne comme Arte soutient une vingtaine de films par an et, sans un distributeur comme Jean-Michel Rey ou un producteur comme Philippe Martin, pas de Je ne suis pas là pour être aimé ou de Peindre ou faire l’amour. On ne peut tous les citer. Pas de recette miracle donc, mais du travail, de l’ambition et de l’audace. A partir de là, un Alain Attal, jeune producteur de Selon Charlie, de Nicole Garcia, et de Ne le dis à personne, de Guillaume Canet, ou une maison de production et de distribution comme Wild Bunch pourront très bien supplanter une star ou un groupe finan- cier ayant actuellement le vent en poupe. Pour paraphraser Jean-Luc Godard, le cinéma est une affaire de morale. On n’a que ce qu’on mérite.

1- Jacques Audiard

Auteur-réalisateur, 54 ans

Bilan 2005

De battre mon cœur s’est arrêté, plébiscite critique, public et professionnel (8 césars en 2006, dont celui du meilleur réalisateur).

Atouts

Avant de passer derrière la caméra, il excellait déjà, comme scénariste, dans les situations ciselées (Mortelle Randonnée, Poussière d’ange). Depuis Regarde les hommes tomber, il y joint sa griffe de metteur en scène. En quatre longs-métrages, son nom est devenu la meilleure caution qu’un projet puisse avoir.

Handicap

1,2 million de spectateurs pour De battre…, chiffre qui semble être son plafond au box-office. Ce qui n’est déjà pas si mal, certes.

Tendance 2006

Pour la première fois, il réalise un scénario signé par d’autres (Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit), mais qu’il récrit néanmoins entièrement, avec Thomas Bideguain (scénariste d’A boire!): Le Prophète (titre provisoire). A la base, un Scarface version banlieue française, mais qui pourrait bien devenir tout autre chose après les multiples remaniements de l’auteur-réalisateur.

En mars 2005 sortait De battre mon cœur s’est arrêté. Les spectateurs furent au rendez-vous et les césars, en février 2006, sont venus couronner ce succès. Comment avez-vous vécu cette année?

Une fois le film sur les écrans, j’avais le désir d’enchaîner le suivant, même si, par expérience, je sais que rien n’est si simple. Je suis en pleine écriture, et c’est difficile. Comme d’habitude. Quant au succès, il est évidemment un encouragement. Je pensais que cette histoire trouverait son public, mais pas à ce point-là. Je n’ai pas d’explications. Avec Tonino [Benacquista, son coscénariste], on pense que Sur mes lèvres a créé une dynamique dont les fruits ont été récoltés par De battre… Comme pour un rasoir: Sur mes lèvres a tiré le poil et De battre… l’a coupé. Ce qui est étrange, car j’ai l’impression que Sur mes lèvres avait un potentiel public supérieur.

Maintenant que vous êtes le n°1, vous pouvez réaliser ce que vous voulez. Que voulez-vous, d’ailleurs?

Le succès ne donne pas des idées. Et pas forcément des envies non plus. Tourner des «gros» films ne correspond pas à ce que je suis. J’étais dans une marge confortable, le succès m’a juste ramené au milieu de la page. Cela dit, mes producteurs n’ont jamais eu de problèmes pour trouver de l’argent, à part Didier Haudepin pour Regarde les hommes tomber. Mais rien que de très normal pour un premier long-métrage.

Comment avez-vous vécu ces succès?

J’en suis évidemment très heureux. C’est un réconfort à la mesure de la difficulté que j’ai à faire un film. Les césars m’ont beaucoup touché. J’adore le milieu du cinéma, j’aime beaucoup de gens qui y travaillent, et recevoir leur estime m’est très agréable. Cela dit sans flagornerie. Mais la célébrité et son ivresse, je viens de là. A une époque, mon père a été extraordinairement célèbre. J’ai donc été préparé à la relativité des choses. Le succès public, c’est différent. Quand je vois une œuvre qui me touche, j’éprouve tout de suite de la gratitude pour la personne qui l’a réalisée. Il me faut alors admettre que les gens puissent en éprouver pour moi. Montrer un film, c’est offrir quelque chose, même si je ne sais pas bien quoi.

Comment définiriez-vous votre cinéma?

J’aime la lisibilité et que, dans le même temps, l’histoire tremble. Pour reprendre la phrase de David Lynch: «Je fabrique des mondes et je regarde s’ils fonctionnent.» Pour moi, c’est cela, un cinéma populaire.

2 – Christian Fechner

Producteur, 61 ans

Bilan 2005

L’Antidote, avec Christian Clavier et Jacques Villeret, 700 000 entrées. Bof. Et puis la production des Bronzés 3, sorti en janvier 2006. 10,3 millions d’entrées. Bingo.

Atout

Ce passionné de magie, longtemps surnommé «l’Homme aux doigts d’or», tant ce qu’il produisait se transformait en succès (de La moutarde me monte au nez à L’Aile ou la cuisse), il prouve qu’il n’a rien perdu de son savoir-faire. Il est le seul à avoir proposé à l’équipe du Splendid, en quête d’un producteur pour Les Bronzés 3, un partage égal des recettes. Il a ainsi décroché la timbale.

Handicap

Ses productions sont exclusivement fondées sur des recettes grand public, lequel a désormais des goûts imprévisibles.

Tendance 2006

Si ses Bronzés 3 ont cartonné en janvier, rien ne dit qu’il réitérera ce joli coup en juin, avec Christian Clavier dans L’Entente cordiale.

3 – Evi Fullenbach et Bertrand Méheut

Directrice du cinéma pour Canal + et président-directeur général de Canal +, 45 et 54 ans

Bilan 2005

Sur 187 longs-métrages français, 120 ont obtenu leur soutien financier. Parmi les heureux élus: Brice de Nice, De battre mon cœur s’est arrêté, Joyeux Noël, Palais royal!

Atout

Le retour d’Evi Fullenbach, après un an d’absence, à la tête du département cinéma de Canal + renforce la réputation cinéphilique de la chaîne. Le clientélisme a laissé la place à une gestion objective des investissements. Ainsi, pas question de mettre plus de 7 millions d’euros par film, même s’il s’agit des Bronzés 3 (pour lequel TF 1 a posé 10 millions sur la table).

Handicap

L’obligation contractuelle d’investir 9% de leur budget dans le cinéma français en amont, donc sur lecture du scénario, peut être source d’erreurs d’appréciation.

Tendance 2006

En englobant TPS à la rentrée, Bertrand Méheut donne au groupe Canal + un leadership sans précédent.

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